Dossier : Sport pour tous, sport dans les armées (J.-C. Marmier)

35 LE CASOAR - JANVIER 2008 - NO 188

DOSSIER

Sport pour tous, sport dans les armées

Par le Lieutenant-colonel Jean-Claude Marmier. Promotion “Serment de 1914” (1963-65)

 

Né officiellement voici quelques milliers d’années dans une charmante clairière blottie au fin fond du Péloponnèse, le “Sport” est devenu en un siècle un phénomène planétaire aux facettes multiples dont l’importance ne cesse de croître. Mais qu’est ce donc que le sport ?

Cherchons, tout d’abord, une réponse dans l’incontournable Petit Robert : “Le sport est une activité physique exercée dans le sens du jeu, de la lutte et de l’effort, et dont la pratique suppose un entraînement méthodique, le respect de certaines règles et disciplines. On y distingue les sports dits de base comme l’athlétisme et la natation, les sports de combat, les sports individuels, les sports d’équipe, les sports mécaniques, les sports d’hiver…”.

À cette simple lecture on peut aisément mesurer à quel point la pratique du sport s’intègre harmonieusement dans les valeurs mis en avant par les armées : sens de l’effort, entraînement, méthode, discipline, toutes des vertus préparant le soldat à surmonter les rudes épreuves de la vie en campagne.

Il est facile d’identifier les aspects positifs du sport dans son rapport à la vie d’aujourd’hui : régulateur de la pulsion de violence, vecteur de socialisation et d’apprentissage de la vie, garant de la santé publique, outil d’intégration sociale, catalyseur de développement économique, révélateur de l’identité nationale…

Dans notre société où, à écouter les médias, pessimisme et mal de vivre sont le lot du plus grand nombre, il est réconfortant d’apprendre que presque vingt millions de nos concitoyens sont membres d’associations sportives.

Quoi de plus réjouissant que de voir, les dimanches et les jours fériés, tous ces jeunes envahir les stades et les salles de sport ? Quoi de plus réjouissant que ces centaines de milliers de randonneurs parcourant les sentiers de notre belle France, ces milliers de jeunes et de moins jeunes qui, chaque dimanche, prennent le départ sur nos routes pour se classer, pour explorer leurs limites et parfois tenter de les repousser ? Au-delà de ce qui est bon nous ne pouvons pas ignorer des réalités qui ont noms tricherie, dopage, corruption, violence dans et hors des stades, chauvinisme…

À part les quelques incidents qui émaillent les terrains de sport de nos villages (malheur aux arbitres !), il faut bien reconnaître que tous ces maux concernent essentiellement la pratique du sport de haut niveau associé au professionnalisme. La tricherie et le mensonge ont atteint des sommets en cette année 2007 avec l’ubuesque jugement rendu par la Fédération internationale lors de l’affaire opposant Ferrari à McLaren durant la phase finale du championnat du monde de formule 1. Pour le dopage, on s’étonne toujours de retrouver tant d’asthmatiques parmi des athlètes possédant par ailleurs les meilleures VO2 Max au monde. Comment aussi interpréter l’éviction du poste promis de président de la commission internationale contre le dopage d’un de nos précédents et excellent ministres des sports, reconnu par ailleurs comme fermement impliqué dans la lutte contre le dopage. La corruption quant à elle a toujours été présente et elle l’est encore, tapie dans l’ombre. Le scandale n’éclate que rarement au grand jour tant est complexe des intérêts croisés. Si, par malheur, l’évidence est trop forte et si un coupable est pris : qu’il périsse pour sauver la multitude et que son souvenir soit ôté de la mémoire des hommes. Rien d’étonnant à cela au vu des enjeux financiers et lorsque l’on connaît la propension de l’homme à succomber au dieu argent. La violence, si elle est heureusement presque absente chez le pratiquant, se retrouve le plus souvent chez le supporter. Le football a, en la matière, le triste privilège de se retrouver en première ligne malgré les progrès de la technique et les efforts tant des dirigeants que des pouvoirs publics.

Est-ce à cause des valeurs qu’il véhicule ou tout simplement parce qu’il est le sport le plus pratiqué ? Difficile de le dire d’une manière affirmative.

Pour finir ce tour d’horizon, parlons de ce qui à trait au chauvinisme, à l’esprit de clocher, à la notion d’appartenance à un clan et, il faut bien le dire, à une conception primaire du nationalisme.

Lors des grandes rencontres internationales de football ou en encore de rugby auxquelles nous avons assisté ces dernières années il n’a pas été rare d’entendre “brailler” par intermittence sans que l’on sache exactement pourquoi : “marchons, marchons, qu’un sang impur abreuve nos sillons…”. La portée symbolique de l’hymne s’efface devant la régression de la conscience collective et le constat n’est guère réjouissant de reconnaître que le pouvoir de séduction des jeux de la Rome antique est toujours présent dans l’inconscient collectif mille sept cent ans après Saint Augustin.

L’affaire Zidane versus Matterazzi lors de la dernière coupe du monde de football est symptomatique des dérives engendrées dans le sport par les enjeux médiatiques, financiers et politiques. N’est-il pas étonnant que, en cliquant “Zidane headbutt” sur le moteur de recherche Google, l’on trouve trois cent soixante six mille réponses ? Le contenu en est, quant à lui, attristant tant il fait fi des règles (dont le respect est une des vertus fondamentales du sport) et tant il se soustrait à toute idée de conscience morale. Comment admettre que les acteurs de cette farce grotesque aient été reconnus comme des demi héros dans leurs pays respectif ? Pouvons nous nous contenter de leurs vagues déclarations dont la traduction en clair serait : “on ne regrette rien, surtout faites ce qu’on dit et surtout pas ce qu’on fait” ? Certainement pas lorsque les contradicteurs, dans les médias, se comptent sur les doigts de la main, lorsque le silence règne, chez les annonceurs trop soucieux de rentabiliser les investissements consentis pour risquer de ternir une image de marque, lorsque les politiciens de tous bords, de chaque côté des Alpes, observent le silence le plus absolu laissant le peuple a l’adoration de ses idoles.

Sport de haut niveau, sport spectacle, professionnalisme, intérêts financiers, intérêts politiques l’amalgame a pris, malgré les scandales et les dysfonctionnements. La machine monstrueuse est en marche et elle ne semble pas prête de s’arrêter malgré les bons mots du serment olympique. Pourrons-nous la réformer ? Il est permis d’en douter mais, au moins, restons lucides.

Aujourd’hui, les armées accompagnent le mouvement, entretenant dans leur sein des athlètes dont le professionnalisme ne fait pas de doute et qui, en plus, ont la vertu de ramener de belles médailles (skieurs, marathoniens, biathlètes, alpinistes…). Nul ne s’en plaindra, d’abord ils ont des résultats et cela est bon pour le moral, ensuite ils véhiculent une image positive de l’institution, faisant passer les grandeurs du métier avant ses inévitables servitudes, un bon filon pour aller recruter des hommes et des femmes de talent dans les forces vives de notre jeunesse.

Retour en guise de conclusion sur “le Sport pour tous” et à ses valeurs. Les armées ont toujours oeuvré dans ce sens et à coup sûr, elles continueront sans aucun doute à le faire car elles ont conscience de l’importance de la pratique du sport et de ses valeurs dans la préparation du soldat à l’accomplissement de sa mission.

Pour l’Etat, la chose est moins évidente car les lois successives sur le sport, depuis l’avènement de la Cinquième République, ont toujours donné la priorité au haut niveau en privilégiant la nécessité d’avoir la meilleure représentation nationale possible pour tenir sa place dans le concert des nations.

Peu d’efforts pour se donner les moyens de capter la jeunesse au sortir de l’adolescence et de la scolarité, quasiment rien pour accompagner les adultes et les seniors, nos ministres des sports successifs ont manqué peut-être de volonté et d’imagination, certainement de moyens. Peut-on attendre mieux maintenant que sports, jeunesse, sont attachés au char de la santé ? On l’espère, tant il paraît évident que la pratique du sport pour tous, de l’école jusqu’au soir de la vie, a pour résultat le mieux vivre pour l’individu et une meilleure harmonie de la société.  









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