20 LE CASOAR - JUILLET 2008 - NO 190
DOSSIER
Si on relisait nos classiques…
Par le général de brigade Henri Carrard. Promotion “Centenaire de Camerone” (1962-1964).
Une anecdote m’est revenue en mémoire en préparant cette introduction : lors de l’invasion de l’Irak par les Américains et après leur brillante victoire militaire, je reçu, un courriel d’un ami américain, colonel et ancien attaché militaire du “Marine corps” et professeur dans une école des “Marines” à Hawaï. Il envoyait des photos, quelque peu de propagande, montrant des horreurs commises par les sbires de Sadam Hussein. En réponse, je l’avais félicité pour cette rapide victoire militaire et lui avait dit que maintenant les Américains auraient à conquérir les coeurs et je concluais en citant Lyautey qui disait à ses officiers qu’en préparant une opération de prise d’un village rebelle, il fallait se souvenir que le lendemain de sa conquête il faudrait ouvrir un marché. Et ce colonel m’avait répondu son admiration pour cette conception et qu’il allait l’introduire dans son cours ! Je ne veux dire par là qu’aucun officier américain n’avait de connaissance des enseignements du passé, mais qu’un colonel, instructeur d’officiers, avoue aussi ingénuement n’avoir jamais envisagé cette question m’avait laissé perplexe.
Nous savons bien que nous n’inventons rien et que tous les grands principes politico-militaires ont déjà été énoncés par Sun Tzu, Jules César, Machiavel, Monluc et bien d’autres… Notre ambition cet après-midi n’est pas de rechercher si loin dans l’histoire universelle, mais de nous demander quels enseignements nous pouvons retirer pour nos actions et opérations d’aujourd’hui - Kosovo, Afghanistan, Côte-d’Ivoire… - de ce qu’ont fait et écrit nos anciens du siècle dernier. Il y a les grands principes, mais aussi des cas concrets où nous pouvons puiser des leçons à adapter au contexte de 2008.
Cela signifie donc bien que malgré tous les “thinktank” les plus sophistiqués et les plus savants, ne pas regarder l’histoire avec une certaine humilité peut conduire à de graves déconvenues. Pour nous aider dans cette réflexion nous avons choisi cinq exemples, cinq cas concrets tirés de l’histoire politico- militaire récente en commençant par les deux grands maîtres français de la colonisation et de la pacification :
1/ Galliéni vu par Lyautey à travers les “Lettres du Tonkin” qui nous sera exposé par le contrôleur général des armées François Cailleteau, promotion LCL Jeanpierre (1959-1961), qui vient de publier un livre sur la Grande Guerre : “Gagner la Grande Guerre”.
2/ Lyautey et le “State building”, l’expression a du mal à passer, mais le général Patrick Garreau, promotion Bir Hakeim, (1961-1963) nous expliquera pourquoi il emploie une expression américaine pour un concept inventé par un maréchal français. Le général Patrick Garreau a commandé “Lyautey Cavalerie” et étudié l'action du créateur de son régiment.
3/ Nous poursuivrons par un exposé du LCL Paul Haéri, promotion Capitaine Hamacek (1989- 1992) intitulé “L’occupation militaire de territoire en pacification” qui nous montrera comment ces grands principes énoncés et pratiqués par nos grands anciens sont applicables aujourd’hui. Le lieutenant-colonel Paul Haéri a servi à plusieurs reprises en opérations de stabilisation en Bosnie, au Kosovo, en Afghanistan et en République de Côte-d’Ivoire. Il a plus particulièrement étudié les périodes de pacification coloniale, à l'occasion d'un mémoire présenté dans le cadre d’un mastère de l’Ecole pratique des hautes études (EPHE) qui a reçu le prix spécial du général commandant le Collège interarmées de Défense en 2006. Il sert aujourd'hui à la division emploi de l’état-major des armées dans la section responsable de stratégie opérationnelle.
4/ Ensuite le colonel Porte nous exposera un cas concret bien oublié d’interposition : celui de Haute Silésie de 1920 à 1922. Le colonel Porte, d’origine ORSA, sert aujourd'hui à l'Ecole supérieure des officiers de réserve spécialistes d'état-major. Diplômé de Sciences Po. et docteur en histoire, il vient de publier : “La Mobilisation Industrielle” (2005), “La Conquête Des Colonies Allemandes, 1914-1918” (2006), et à paraître en mai 2008 “Du Caire à Damas : La France et La Guerre Oubliée qui redessina le Moyen-Orient, 1914-1919”.
5/ Enfin, nous concluerons ces exposés par celui du chef d’escadrons Philippe de Montenon, promotion CBA de Cointet (1991-1994) concernant un officier français inconnu chez nous, mais très connu aux Etats-Unis : le LCL Galula. Il nous expliquera en quoi son enseignement a frappé nos alliés américains à travers ce livre paru aux Etats-Unis en 1968 : “Contre-insurrection, théorie et pratique”. Le chef d’escadrons Philippe de Montenon, en poste à l'EMA est ancien stagiaire français de l'école de guerre américaine, d’où il a rapporté l'ouvrage de Galula qu’il a traduit.