Dossier : Coercition et maîtrise de la violence en Haute-Silésie 1920-22 (R.Porte)

33 LE CASOAR - JUILLET 2008 - NO 190  

 

Coercition et maîtrise de la violence Haute Silésie 1920-1922 

 

Par le lieutenant-colonel Rémi Porte, en poste à l’E.S.O.R.S.E.M.

 

Une force multinationale entre la guerre et la paix

 

Les traités de paix, à l’issue de la Première Guerre mondiale, imposent, en particulier sur les frontières de l’empire allemand, l’organisation de plusieurs plébiscites (1) . En application du principe du droit des peuples à disposer d’eux-mêmes, il s’agit de permettre à différents groupes nationaux de déterminer au sein de quelle nation ils désirent désormais s’intégrer. Les puissances victorieuses mettent alors des contingents militaires à la disposition de commissions internationales, chargées de la préparation et du contrôle des scrutins. Par ses effectifs, ses équipements, l’expérience acquise et le prestige de ses chefs, l’armée française tient une place éminente au sein de la coalition alliée et participe à toutes les interventions, qu’elles soient, ou non, placées sous commandement français (2). Par sa durée, les effectifs engagés, les difficultés rencontrées et les réponses mises en oeuvre localement, l’engagement d’une force multinationale en Haute Silésie, entre janvier 1920 et juillet 1922, présente un intérêt majeur. Durant cette mission, la force interalliée déployée sur le théâtre est en effet contrainte d’adapter “en conduite” son dispositif à un environnement hostile qui oscille entre opposition larvée, attentats meurtriers et guerre ouverte. Ce caractère extrêmement actuel nous amène à inverser et à modifier l’avertissement que l’on peut lire au générique de nombreux films d’aventures : “Toutes ressemblances avec des lieux connus, des personnages réels, des situations récentes ne seraient ni fortuites ni innocentes”.

 

 

LE CONTEXTE

 

La situation régionale

 

La zone la plus occidentale de la Haute Silésie restant, selon le traité de Versailles, acquise à l’Allemagne, le territoire effectivement soumis à plébiscite est peuplé, sur environ 10.000 km2, en proportions presque égales, d’environ un million de Silésiens polonais et un million de Silésiens allemands. Il n’y a toutefois aucune frontière précise entre les deux communautés. Si la population “polonaise”, plutôt ouvrière ou rurale, est majoritaire dans l’extrême est de la région et la population “allemande”, plutôt urbaine, majoritaire dans l’extrême ouest, elles s’interpénètrent et s’imbriquent en une vaste mosaïque sur la plus grande partie du territoire. «… Tandis que la ville de Kattowitz est un centre allemand, toute la campagne environnante est polonaise…(3) .

 

Deux logiques s’affrontent :

- pour les partisans du maintien dans l’Etat allemand, la région, progressivement germanisée à partir du XIIe siècle et partie prenante aux circuits économiques et financiers de la mer du Nord dès le XVe siècle, est intégrée à la Prusse depuis la guerre de Succession d’Autriche. Elle est et ne peut rester qu’allemande.

- Pour les tenants d’un rattachement à Varsovie, l’ancienne riche province agricole de la Grande Pologne au Xe a su conserver dans une large proportion sa langue, sa culture et sa religion. Elle doit donc réintégrer la mère patrie renaissante.

 

Au-delà des discours culturels et historiques, le bassin houiller et minier de Haute Silésie se trouve être, avant 1914, le troisième de l’Empire allemand. Or, après 1918, la Sarre est cédée à la France au titre des réparations de guerre et la Ruhr reste sous la menace d’une intervention des armées alliées de Rhénanie. La Haute Silésie est donc d’importance stratégique à la fois pour assurer l’indépendance énergétique et industrielle de la fragile république allemande et pour permettre le développement économique du jeune Etat polonais. Chaque communauté, enfin, organise et entretient diverses “associations”, officiellement sportives, caritatives ou culturelles, qui permettent d’encadrer la population et de camoufler des dépôts d’armes ; tandis que les corps francs allemands rapatriés des pays baltes s’installent dans la région.

 

 

Le mandat international

 

L’article 88 du traité de Versailles (et annexe), précise les limites de la zone soumise à plébiscite, fixe les délais, organise la composition de la Commission interalliée de gouvernement et de Plébiscite (C.I.G.P.), son mandat et ses pouvoirs. Il impose le retrait des troupes régulières allemandes, le désarmement et la dissolution des sociétés paramilitaires dans les quinze jours qui suivent l’entrée en vigueur du texte. Il confie, à effet immédiat, la responsabilité de l’administration du territoire à la C.I.G.P. et met à sa disposition des contingents de troupes alliées pour assurer le maintien de l’ordre. La Commission Interalliée, dont la présidence est confiée au général Le Rond (France), est composée d’un représentant italien et d’un représentant britannique. L’isolationnisme américain, de même qu’il entraîne le refus par les U.S.A. d’intégrer la Société des Nations, conduit à l’absence du représentant de Washington initialement prévu. Les représentants des deux communautés sont, es qualité, associés aux travaux de la C.I.G.P. : M. Korfanty au titre de la population d’origine polonaise, M. Urbanek pour les allemands. Au plan juridique, la situation de la mission internationale est celle de l’occupation pacifique. En acceptant le traité de Versailles, l’Allemagne reconnaît que ses droits régaliens sur le territoire sont suspendus et que l’administration en est transférée à la Commission interalliée(4) . Les fonctionnaires locaux sont placés au service des directions civiles (de l’Intérieur, de la Justice, du Ravitaillement, etc.) et du commandement militaire qui maillent la région pour la C.I.G.P. Commandant Supérieur des Forces Alliées en Haute Silésie (C.S.F.A.H.S.), le général français Gratier dispose sur place d’une division de Chasseurs renforcée (46e D.I.) et d’une brigade italienne. Les unités britanniques ne sont pas directement déployées dans la zone qui leur est affectée : stationnées sur le Rhin, elles sont mises en route, avec l’accord de Londres, sur demande de la Commission. La sécurité de la zone d’occupation dévolue aux troupes britanniques et le contrôle de la frontière germano-polonaise sont ainsi généralement assurés par des bataillons français.

 

 

Environnement immédiat et déployement initial

 

 Signé en juin 1919, le traité de Versailles entre en vigueur en janvier 1920. En août 1919, dans l’espoir d’imposer aux alliés une situation de fait sur le terrain, Korfanty suscite un premier soulèvement polonais visant à provoquer le rattachement de la plus grande partie de la province à Varsovie (5) . C’est un échec du fait de la ferme réaction des autorités allemandes. La répression suscite la réprobation des capitales occidentales et peut expliquer la mise en place rapide du contingent français dès l’entrée en vigueur du traité. Les ordres sont donnés immédiatement et le transfert des troupes s’effectue par trains successifs, à travers l’Allemagne, durant les derniers jours du mois de janvier. En Haute Silésie, les forces françaises sont dans une situation délicate par rapport aux deux communautés :

- Vis-à-vis de la population d’origine polonaise, l’ambiguïté est totale : la France, qui participe massivement à la renaissance de la Pologne et à l’organisation de l’armée polonaise (6) , ne peut être présente que pour l’aider… Dans les communes à majorité polonaise, les détachements militaires sont accueillis par des démonstrations de joie.

- Pour la population de souche allemande, la guerre mondiale toute proche n’est pas oubliée. L’Allemagne a été vaincue par la France et il lui est difficile d’imaginer que le déploiement d’une grande unité française ne se fasse pas au détriment de l’adversaire d’hier…

Déception rapide des élites polonaises locales, défiance persistante des notables allemands : le calme relatif qui suit l’arrivée de la 46e D.I. n’est qu’apparent. Les comptes rendus du 2e bureau signalent le développement des activités clandestines (franchissements illicites des frontières, constitution de caches d’armes, organisations para-militaires, etc.).

 

En l’absence du contingent britannique, et dans l’attente du contingent italien qui ne rejoint le territoire que quelques semaines plus tard, les troupes françaises occupent l’ensemble de la région et doivent appliquer strictement la première consigne permanente du général Le Rond, président de la C.I.G.P. : “Les puissances alliées étant en paix depuis le 10 janvier avec l’Allemagne, une correction absolue, n’excluant pas la plus extrême réserve, doit être observée envers la population, quelle que soit sa race ou sa langue … Le mot d’ordre jusqu’à nouvel avis : “Courtoisie, froideur et fermeté”N’avoir comme ligne de conduite que le droit des gens et l’exécution des traités…”. Tous les ordres prescrivent avec insistance de faire preuve de la plus sourcilleuse neutralité, en particulier pour les officiers qui sont prévenus de n’accepter aucune avance, aucune invitation privée et de n’entretenir aucune relation personnelle avec les représentants de l’une ou l’autre des communautés. Le général Gratier, commandant supérieur des forces alliées, précise : “Le prestige que donnent les victoires remportées en commun par les armées alliées qui fournissent les contingents peut, seul, pour le moment, permettre à ces derniers de remplir leur lourde tâche. Il est donc essentiel de conserver ce prestige intact et, pour cela, d’observer la plus stricte neutralité.” En effet, le déséquilibre des forces est patent : 40 à 50.000 hommes armés sont “mobilisables” par chacune des communautés, qui disposent par ailleurs d’armements lourds. Parallèlement, alors que la situation internationale (Allemagne / Pologne) reste particulièrement sensible, les troupes alliées ne peuvent aligner, au mieux, que 15.000 hommes.

 

Pour manifester aux yeux des populations locales la réalité, la force, l’activité de la composante militaire de la mission, l’ordre est donné “…de montrer le plus fréquemment possible des troupes de toutes les armes dans toutes les localités de la zone occupée…”(7). Le bataillon italien ayant en février et mars 1920 pris ses cantonnements au sud-ouest de la région, les forces françaises sont essentiellement regroupées dans la zone centrale intercommunautaire. Il s’agit d’assurer la sécurité de l’axe de circulation stratégique entre Oppeln (capitale régionale et siège de la C.I.G.P.) et Gleiwitz (métropole du bassin minier et P.C. de la 46e D.I.), de veiller au fonctionnement aussi régulier que possible de l’activité du bassin houiller et de contrôler les mouvements trans-frontaliers.

 

 

DEROULEMENT DES OPERATIONS ET ENSEIGNEMENTS

 

Quatre phases principales peuvent être chronologiquement distinguées dans l’évolution politique générale de la Haute Silésie durant cette période. Elles conditionnent naturellement les ordres donnés et l’emploi des troupes :

- de février à l’été 1920, la C.I.G.P. s’efforce de réunir les conditions administratives et de paix civile permettant la tenue du plébiscite. La force internationale multiplie les patrouilles, les déplacements, les cérémonies. Elle désarme la police locale et tente d’interdire les sociétés paramilitaires ;

- d’août 1920 à avril 1921, après l’échec du deuxième soulèvement polonais, il faut accélérer la préparation effective des opérations de vote (8), en assurer la sécurité (9) puis remplir des missions de maintien de l’ordre et de renseignement ;

- en mai et juin 1921, pendant la phase d’affrontement militaire des deux armées en campagne(10), la priorité est dans un premier temps donnée à la sécurité des troupes alliées elles-mêmes, puis à l’interposition effective entre les belligérants ;

- à partir de l’été 1921 et jusqu’au départ du dernier convoi français en juillet 1922, la tension militaire baisse progressivement avant la partition du territoire et la dévolution des différents arrondissements (“cercles”) aux administrations régulières allemande et polonaise, tandis que les attentats terroristes et les agressions des extrémistes pro-allemands perdurent.

 

Dans ce contexte changeant, où le niveau de tension est variable à la fois dans l’espace (d’une commune à l’autre) et dans le temps (dans un même lieu à quelques jours d’intervalle), l’action des forces d’occupation s’articule autour de trois préoccupations majeures, dont l’importance relative évolue en fonction des urgences et des menaces locales :

- sécurité des troupes d’occupation ;

- ordre public et ravitaillement de la population civile ;

- interposition entre les factions.

 

Deux observations liminaires s’imposent avant d’entrer dans le détail des opérations conduites par les troupes alliées.

 

D’une part, intéressant de manière transverse ces différents domaines, et élément essentiel pour que les autorités militaires puissent mener à bien la mission confiée, le souci permanent du renseignement se manifeste par des rappels systématiques dans les ordres généraux et par de nombreuses notes particulières. Dans un environnement hostile, les patrouilles organisées chaque jour par tous les bataillons dans les différentes communes de la province sont les yeux et les oreilles du commandement et de la commission : “… Ces patrouilles sont chargées de rapporter au commandant d’armes tous les renseignements intéressants, sur les Allemands et sur les Polonais, … et enfin sur tout ce qui peut intéresser la sécurité des troupes d’occupation interalliées…”(11). Toutes les missions comportent un volet renseignement, en particulier celles relatives à la sécurisation des axes de communication : “… Il sera envoyé chaque jour une patrouille sur la route de … à … Ces patrouilles ne doivent pas prendre contact avec les insurgés. Elles stationneront environ 2 heures et reviendront …(12). Les officiers responsables des patrouilles et des détachements mobiles reçoivent des instructions particulières adaptées à la micro-situation locale avant le départ de la colonne et rendent compte chaque soir, pour éviter les pertes de temps et accroître la réactivité, à la fois directement au 2e bureau et à leur hiérarchie organique.

 

Nous ne reviendrons pas sur cet aspect de l’emploi des troupes, mais il convient de le conserver en mémoire pour toutes les missions et toutes les activités. Cet effort permet en particulier la rédaction, à l’attention du commandant en chef, d’une synthèse quotidienne qui traite de tous les aspects militaires, politiques, économiques et sociaux de la situation dans les différentes garnisons.

 

Au plan militaire, d’autre part, trois caractéristiques favorables sont à souligner :

- l’autorité interalliée bénéficie localement d’une réelle autonomie de décision dans le cadre du mandat fixé et par rapport au Conseil Suprême qui, de Versailles, fixe les directives générales ;

- le commandement reste centralisé en un minimum de mains puisque les généraux Le Rond, en tant que président de la C.I.G.P., et Gratier, comme commandant supérieur des troupes, tous les deux français, se connaissent et travaillent en étroite coopération ;

- la troupe, qui vient de connaître les durs engagements de la fin de la Première Guerre Mondiale, est de qualité. Elle peut en particulier observer une stricte discipline de feu, même dans les situations les plus tendues. Lors des difficiles périodes d’affrontements armés de mai 1921, les détachements ne peuvent en effet “faire usage de leurs armes que pour leur défense personnelle(13).

 

Sécurité des troupes alliées

 

Il s’agit d’une priorité, en droit et dans les faits, reconnue par les juristes au titre de l’occupation pacifique et affirmée par le général Le Rond au nom de la C.I.G.P.

 

Dans un premier temps, en complément des patrouilles quotidiennes qui sillonnent la région, le commandement impose de fréquents changements des lieux de stationnement. La plupart des bataillons connaissent ainsi en quelques mois quatre, cinq, six casernements successifs dans des communes différentes. Ces mouvements visent à la fois à éviter les compromissions éventuelles et à décourager la préparation d’agressions directes. Le dispositif adopté prévoit, en période de calme relatif, que les sous-officiers et la troupe restent logés dans les mêmes quartiers, tandis que les officiers, qui peuvent résider à l’extérieur mais “à proximité immédiate” des enceintes militaires, sont consignés avec leurs hommes dès que les menaces se précisent. Des règles identiques sont appliquées à la police régionale (14) , dans les casernes de laquelle les troupes alliées sont souvent installées. Lors des périodes d’affrontements directs entre les deux communautés, la force multinationale doit alors s’interposer entre la Sicherheitspolizei et les manifestants pro-polonais et dégager les abords des emprises militaires.

 

Au début de la 3e insurrection polonaise en mai 1921, la première mesure prise est de réduire très sensiblement le nombre de lieux de stationnement. Les petites garnisons sont évacuées et les unités réunies dans les agglomérations les plus importantes (“Se préparer à rallier sans nouvel ordre, à Gleiwitz, tous les éléments détachés”) par bataillons organiques. La contre-offensive allemande du général Hoefner aggrave la situation et le commandement envisage de regrouper l’ensemble des forces présentes sur deux sites majeurs : “Prévoir, seulement sur ordre qui serait donné par la commission, que les troupes seraient concentrées exclusivement en deux points, Oppeln et Gleiwitz(15).

 

Pour conserver au commandement militaire toutes les possibilités d’action, les postes de contrôle isolés sont supprimés et les gardes statiques sont limitées au minimum (bâtiments publics majeurs, poste et télégraphe, sites industriels sensibles). Dans le même temps, de puissantes et nombreuses colonnes mobiles sont organisées. Elles rayonnent quotidiennement à partir des garnisons conservées, commencent au lever du jour et rentrent à la nuit. Afin d’assurer la sécurité des troupes tout en poursuivant la mission d’interposition, “il est interdit de faire agir pour le maintien de l’ordre des effectifs inférieurs à une compagnie(16). Les unités ne reprennent progressivement position dans les agglomérations de moindre importance, à partir de la mi-juin 1921, qu’avec le retour d’un calme relatif sur le territoire et le retrait des deux armées en présence au-delà d’une zone centrale démilitarisée au début du mois de juillet.

 

Enfin, à la suite de nombreux attentats, perpétrés par des extrémistes allemands à partir de l’été 1921, les troupes alliées ne sont plus directement impliquées dans les perquisitions, les fouilles et les recherches de caches d’armes : “… Les opérations de nettoyage n’ont lieu que sur l’initiative des contrôleurs de cercle … La troupe sécurise [la zone] et aide la police qui opère seule les fouilles…”(17).

 

 

 Ordre public et ravitaillement de la population civile

 

La participation au maintien de l’ordre est une des missions initiales majeures de la force internationale, l’aide au ravitaillement des populations civiles est une extension imposée localement, de facto, par les événements : “… Les insurgés empêchent tout ravitaillement de ces villes, ce qui rend la situation très difficile…(18).

 

Dans le cadre de leur mission ordinaire de maintien de l’ordre et de sécurité publique, les troupes alliées répondent aux sollicitations (“J’ai l’honneur de vous demander de bien vouloir ordonner que de fortes patrouilles soient envoyées, 3 ou 4 fois par semaine, pendant la nuit,…”(19)) ou aux réquisitions (“J’ai l’honneur de vous adresser une réquisition relative aux postes, piquets et patrouilles à fournir…(20)) de l’autorité civile(21). Lorsque l’état de siège est proclamé, le rapport hiérarchique s’inverse et les contrôleurs civils des cercles passent sous l’autorité du commandement militaire, avec les attributions de “commissaire civil extraordinaire” : “… L’autorité militaire pourra instituer pour l’ensemble des cercles mis en état de siège un tribunal extraordinaire composé d’un président et de deux juges nommés par elle… Protection de l’ordre et de la sécurité publique est confiée au général …”(22).

 

Durant les semaines qui précèdent immédiatement la tenue du plébiscite et à la suite des violents affrontements armés de mai-juin 1921, les effectifs sont accrus. Français (1 R.I., 1 R.C.), Italiens (1 B.I.) et Anglais (1 D.L.I.) renforcent ponctuellement leur présence sur place. L’activité industrielle, les mouvements sociaux, les leaders syndicaux, associatifs et politiques de chaque camp font l’objet d’une étroite surveillance qui permet de garantir un fonctionnement aussi régulier que possible de la vie économique locale, mais aussi de prévenir d’éventuels mouvements de foule hostiles suscités par les difficultés de la vie quotidienne : “… Des mesures ont été prises pour que l’usine qui fournit l’eau à la ville puisse reprendre le travail…”, “… Approvisionnements : à Beuthen, manque de farine, demande d’urgence = 10 tonnes…”(23). En fonction de la situation locale, les commerces sont requis (boulangeries) ou protégés, et les établissements industriels placés sous surveillance militaire.

 

Le contrôle des axes de communication, canaux et surtout voies de chemin de fer demande un effort particulier. “Le train de ravitaillement a encore une fois été arrêté au sud-est d’Oppeln(24) : des postes de garde sont installés dans les gares et dépôts, les rames sont escortées. Du fait de la crise générale des transports, les poids lourds jouent un rôle important dans la circulation des produits manufacturés et des denrées. Pour éviter qu’un nombre trop important de soldats, isolés, ne soit immobilisé à bord de véhicules parcourant des distances importantes en zone d’insécurité, le département militaire de la commission interalliée prescrit leur regroupement en convois, encadrés de détachements militaires : “Le président de la commission a donné l’ordre de ne pas faire monter de militaires isolés ou en petits groupes à bord des camions… Les transports à faible distance peuvent être autorisés… Il appartient à l’autorité militaire [locale] d’envisager chaque cas particulier et d’apprécier s’il y a lieu…”(25).

 

Cette mission nouvelle d’aide aux populations civiles, en particulier, dont la nécessité s’est imposée localement après le déploiement de la force, permet d’apprécier la réactivité et la prise d’initiative par le commandement de terrain, sans que les autorités de Versailles, Paris, Londres ou Genève n’interviennent dans le processus.

 

 

 

INTERPOSITION ENTRE LES FACTIONS

 

Cet aspect de la mission de la force internationale se distingue naturellement des simples patrouilles destinées à montrer la présence alliée à travers le territoire silésien.

 

Au plus fort des affrontements du printemps et de l’été 1921, le général Gratier ordonne dans un premier temps de “ne consacrer à la garde des points vitaux indispensables que le strict minimum, de façon à se créer des disponibilités pour désarmer les insurgés qui tiennent les campagnes… Chaque colonne doit avoir une mission écrite bien déterminée : nettoyer telle localité, telle usine, etc. …”(26).

 

Dans un deuxième temps, les contingents nationaux sont utilisés de telle sorte que les parties en cause hésitent à les agresser : les Britanniques plutôt face aux Allemands (Londres semble plus sensible à l’argumentation de Berlin), les Français face aux Polonais (Paris est influent à Varsovie). Ce dispositif permet d’obtenir des résultats significatifs : les insurgés polonais ne prennent pas à partie les troupes françaises, les para-militaires allemands cessent leur progression devant les barrages britanniques.

 

Ce dispositif doit toutefois être surveillé en permanence pour que l’indispensable neutralité de la force internationale ne puisse pas être contestée : “… Dans certains points, les postes français voisinent et parfois même cohabitent avec les postes polonais. Il y a lieu de changer le plus tôt possible ces dispositions. L’installation des postes sera révisée, les postes polonais éloignés des postes français et les deux partis nettement séparés…”(27).

 

Dernière étape enfin, le commandement des deux “armées” en présence ayant accepté le principe d’une suspension des hostilités et d’un retrait progressif des troupes, la C.I.G.P. impose la création d’une zone neutre et démilitarisée le long de la vallée de l’Oder. Cette décision entre en application à partir du 28 juin 1921 : les détachements chargés d’en vérifier la mise en oeuvre sont systématiquement constitués par des groupes de trois officiers : français, italien, britannique. Parallèlement, les colonnes mobiles qui patrouillent dans la région doivent réunir “dans toute la mesure du possible, des représentants des différentes armées”. Il s’agit alors de montrer aux belligérants la détermination du commandement et la cohésion de la force internationale.

 

 








Accueil | La Saint-Cyrienne | Le Casoar | Les Promotions | Les Services

Siège de l'Association : 6, avenue Sully-Prudhomme - 75007 PARIS
Tél. : 01 44 18 61 00 / Fax : 01 44 18 61 08