Dossier : annexe 1 : témoignage "pris sur le vif" d'un jeune cadre du privé (P.Haéri-Rohani)

LE CASOAR - JANVIER 2009 - N° 192

Annexe 1 : témoignage “pris sur le vif ” d’un jeune cadre du privé

Par Paul Haéri-Rohani. Père Système de la promotion “Capitaine Hamacek” (1989-92).

 

À aucun moment la décision de quitter le métier des armes ne m’a paru facile.

Elle a été précédée d’une longue réflexion, menée en famille. Elle est venue en effet notablement transformer les habitudes familiales, prises pour ma part il y a trente trois milliards d’années, au lendemain du Pékin de Bahut. Bien drillé par une habitude consommée des méthodes militaires d’élaboration de décision (MRT ou GOP pour faire plus riche depuis mon passage au CID !), on pèse alors le “pour”, les avantages, et le “contre”, les inconvénients, les menaces et les risques. Vient alors parfois le “Coming Out” : la décision de franchir le pas, celle qui consiste à changer d’orientation ; à quitter le métier des armes pour continuer à servir fidèlement sa famille et toujours, bien sûr, la Patrie.

Cette décision ne se prend jamais sans émotion ni inquiétude. J’en veux pour preuve les coups de fil de petits-cos et de camarades, tous candidats au départ, qui m’appellent désormais pour me demander conseil ou simplement prendre le pouls d’un “jeune civil”, manager dans un grand groupe privé. J’en veux pour preuve aussi les discussions animées avec des camarades qui viennent de franchir le pas, en particulier ceux que j’ai récemment accueillis au sein du groupe auquel j’appartiens.

Parmi ces inquiétudes qui précèdent la décision, un questionnement incessant viendra meubler quelques nuits blanches : Serais-je un traître ? Vais-je être considéré comme un renégat ou un défroqué ? Lorsque la décision se prend de changer de métier, à plus forte raison comme moi, après avoir rejoint, jeune, l’institution militaire et après une vingtaine d’années de vocation sans cesse entretenue, on ne peut être indifférent au regard supposé des autres. Décision prise, on redoutera également leur jugement : celui des chefs, celui des subordonnés ; celui des petits-cos ; le regard de ceux que l’on sert ou que l’on a servi ; de ceux pour qui on compte ou on a compté comme de ceux sur qui on compte ou qui comptent sur vous. L’institution est une famille, comment être certain de n’être pas condamné ; rejeté ?

Rassurons-nous. Comme me le disait à la veille du départ, un officier général exerçant de hautes responsabilités et qui m’avait formé comme élève officier à Coët : “Ce métier n’est pas un sacerdoce, on peut aussi continuer à servir les autres et à faire passer l’intérêt général avant l’intérêt particulier. On compte sur vous !”.

En recherchant l’avis et les conseils des autres membres de la famille militaire, je constatais d’ailleurs à chaque fois, parfois avec stupéfaction, combien on peut effectivement “obéir d’amitié” mais surtout combien aussi on “commande d’amitié”. Bref, je n’ai recueilli au final qu’approbation, soutien marqué ou au moins tacite, quelques regrets et parfois une pointe d’envie ou d’estime face à ce que chacun sait être un pas difficile.

La route vers l’inconnu est toujours bienvenue” dit un chant que nous entonnions comme élèves au 3e bataillon. Eh bien, c’est aujourd’hui le cas pour ce saut vers l’inconnu, vers une carrière civile qui ne renie en rien l’idéal saint-cyrien.

Puisque l’institution semble envisager maintenant de façon plus positive ces départs, souhaitons qu’elle sache encore mieux conseiller les officiers, qu’elle communique ouvertement sur ce changement de politique et rende largement transparentes les procédures administratives qui y ont trait. Souhaitons aussi que les candidats au départ sachent raison garder et conservent à l’esprit “le bien du service” et des armes de la France. Chacun contribuera ainsi à démontrer que ce changement de carrière vécu, autrefois peut être comme une rupture radicale et mythique, n’est finalement qu’un banal changement d’orientation.









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