Dossier : Ce qu'attend un jeune cadre de ses chefs (H.Tourmente)

LE CASOAR - JUILLET 2009 - NO 194

DOSSIER

Ce qu’attend un jeune cadre de ses chefs

Niveau brigade et assimilé (échelon N+1 du régiment)

Par le capitaine Hervé Tourmente. Promotion “Général Lalande” (1996-99). Stagiaire à l’École d’état-major.

 

Remarques liminaires

Un jeune cadre évolue, tout d’abord, au sein de son unité puis de son régiment. Son chef direct est donc son commandant d’unité puis, éventuellement, un chef de service ou son chef de corps ; ce qui signifie que son univers se cantonne alors logiquement à son unité et tout au plus à son régiment. C’est dire si son “brigadier” pour l’opérationnel, et le général commandant la région terre, pour l’organique, lui semblent lointains. En outre, sa jeunesse le rend aussi exigeant vis-à-vis de ses subordonnés que de ses chefs. Enfin, le peu de contacts qu’il aura avec ces échelons très supérieurs seront déterminants pour qu’il se fasse une opinion : en effet, en quelques minutes tout au plus, il décidera : “J’ai envie de le suivre” ou non. Ceci est un fait. Certainement négligeable dans l’accomplissement de la mission quotidienne, il peut devenir, en revanche, facteur de diffusion, de sérénité ou de stress en opérations.

Réponse à la question posée

Immanquablement décalé par rapport aux préoccupations instantanées de ses jeunes cadres, le chef doit s’attacher à inspirer la confiance dans la durée et tirer bénéfice de tout contact (forcément bref) avec eux. En d’autres termes, il est attendu comme le bon père de famille.

1/ Tout d’abord parce qu’il est le chef incontesté

Nul enfant en bas âge n’imaginerait remettre en cause sérieusement l’autorité de son père (en dehors des périodes de “test” qui n’ont d’autre but que de rassurer l’enfant sur la solidité du dispositif parental). Il en va de même avec les jeunes cadres : le pouvoir est établi, c'est-à-dire que la légitimité du chef n’est pas négociable. Ils attendent donc, en premier lieu, un chef. Ouvert certainement, mais qui commande et qui leur procure le confort de se savoir commandés. C’est d’ailleurs là la tâche principale du chef : commander.

 

2/ Ce qui lui permet d’être proche sans mélanger les genres

Sa légitimité procure alors au chef les moyens de se montrer simple dans sa relation avec ses lointains subordonnés (N-2 au mieux). A contrario, de nombreuses visites ou inspections s’achèvent avec le sentiment que le chef est “distant” : cette impression est liée au fait que les préoccupations ne sont pas les mêmes et qu’il est toujours difficile de se mettre à la portée de son auditoire. Pour autant, la proximité ne signifie ni démagogie, ni familiarité : en effet, chacun connaissant sa place, le chef peut se mettre à la portée de ses jeunes cadres en toute confiance.

3/ Mais surtout parce qu’il aime les hommes qui lui sont confiés

Là se situe le cœur des attentes des jeunes cadres. Comme des fils dans une famille, ils s’attachent à mériter la confiance de leurs grands chefs et espèrent être justement considérés. Le chef doit donc se percevoir comme le père des unités qu’il commande et savoir user de son autorité avec fermeté et bienveillance. L’exigence est toujours vécue comme une marque de considération tandis qu’une humanité non feinte ne lui retire rien.

Pour conclure, il est possible d’affirmer que les jeunes cadres attendent de leurs grands supérieurs une empathie à la mesure de leurs responsabilités respectives. L’inévitable brièveté de leurs contacts physiques exige une totale attention du chef, une capacité à perdre du temps à la fois pour comprendre mais aussi pour expliquer. Le chef sera alors le “pater familias”, d’autant plus exigeant qu’il est proche, d’autant plus proche qu’il voudra être exigeant.









Accueil | La Saint-Cyrienne | Le Casoar | Les Promotions | Les Services

Siège de l'Association : 6, avenue Sully-Prudhomme - 75007 PARIS
Tél. : 01 44 18 61 00 / Fax : 01 44 18 61 08