Dossier : De quelques valeurs du chef en général, et de la France combattante en particulier... (N. de Chilly et J.Guiguet)

LE CASOAR - JUILLET 2009 - NO 194

De quelques valeurs du chef en général, et de la France combattante en particulier…

Par le capitaine Nicolas de Chilly et le capitaine Joan Guiguet. Promotion “de la France Combattante” (1997-2000). Stagiaires à l’École d’état-major.

Si chaque chef conserve sa personnalité, son style, son caractère propre, il est possible de trouver quelques valeurs qui pourraient être communes à tout chef servant en régiment. Parce qu’il doit pouvoir obtenir le meilleur de ses subordonnés en toute circonstance, le chef doit trouver un équilibre qui lui permette à la fois d’exiger et de rayonner.

Une exigence fondée sur l’exemplarité et la bienveillance

Un officier, comme n’importe quel soldat professionnel, attend de son chef qu’il soit exigeant avec lui. De même que Jean Guitton affirmait que “la jeunesse, avec raison, exige qu’on exige”, de même tout soldat a besoin de l’exigence de son chef, et la mérite. En effet, le chef doit être exigeant parce qu’en demandant beaucoup à ses hommes, il leur manifeste son estime et leur donne de la valeur. Il leur signifie sans le leur dire qu’il a besoin d’eux, et qu’il compte sur eux. En outre, puisque la mission du chef est de former des combattants, l’exigence dont il fait preuve au quotidien prépare ses subordonnés aux réalités du combat. Ce qui va fonder l’exigence du chef, ce sont son exemplarité et sa bienveillance. D’abord, l’exemplarité permet à son exigence de se révéler efficace, et non vaine, voire contre-productive. C’est parce que le chef est exemplaire, c’est à dire exigeant avec lui-même, qu’il peut l’être avec ses subordonnés. L’exemplarité donne de la crédibilité aux ordres donnés, et renforce l’autorité du chef. Ainsi Leclerc au milieu du désert du Fezzan, partageant la vie de ses tirailleurs et de ses “blédards”, vit son prestige et son autorité s’imposer naturellement. La bienveillance permet au chef, quant à elle, de donner du sens à son exigence. Elle évite à celle-ci d’être mal comprise, abaissante ou ressentie comme telle, au risque de “briser la flamme” comme le redoutait le général Lee. Ce dernier prenait toujours soin de trouver des paroles d’encouragement et de confiance pour ses subordonnés, en cas d’échec, pour leur redonner l’élan, gage des victoires futures. Ainsi, l’exigence du chef ne s’avère efficace que si aucun doute n’existe dans l’esprit de ses hommes sur celle qu’il s’impose, et s’ils sentent qu’il a de la considération pour eux, qu’il est juste et qu’il cherche à les faire progresser.

Un rayonnement basé sur le désintéressement et l’enthousiasme

Être exigeant ne suffit pas. Le chef doit compléter la froideur, la neutralité de son exigence par la chaleur de son rayonnement, pour donner à ses subordonnés l’envie de le suivre. Si certains le peuvent plus naturellement que d’autres, deux qualités essentielles assurent au chef un prestige à toute épreuve : le désintéressement et l’enthousiasme. Le désintéressement d’abord, car c’est le bien de la collectivité qui fonde à la fois l’autorité du chef et l’obéissance de ses subordonnés. En agissant non pas pour son propre intérêt, mais sans calcul ni égoïsme déplacés, le chef inspire confiance. L’enthousiasme ensuite, c’est le moteur qui entraîne son unité derrière lui. C’est conserver la ferveur et l’allant de l’entraîneur d’hommes, qui, sans se laisser aller aux attitudes blasées et au scepticisme, cherche à faire au mieux avec ce dont il dispose. C’est parfois savoir prendre les déconvenues avec humour, sans se prendre au sérieux. C’est toujours sourire, faire face, et avancer, dans le calme comme dans la tempête. C’est “ne pas subir” comme l’enseignait de Lattre, formidable créateur d’énergie, qui sut susciter des dévouements sans faille, du Rhin au Danube lors de l’amalgame, puis en Indochine “pour les lieutenants et les capitaines”. Ainsi, par son rayonnement, appuyé sur un total désintéressement et un enthousiasme communicatif, le chef suscite l’adhésion.

22

Trouver le juste équilibre

C’est pourquoi, l’officier en régiment a besoin d’avoir un chef tout aussi exigeant que rayonnant, qui le fasse à la fois progresser et lui donne envie de marcher à sa suite, qui sache aussi bien le contraindre que l’entraîner. Il attend donc de lui qu’il trouve un équilibre à la fois rassurant et stimulant, ni excessif dans un sens pour que rigueur ne se transforme pas en rigidité, ni dans l’autre pour que le commandement d’amitié ne se pervertisse pas en démagogie. “Le talent est un art mêlé d’enthousiasme. S’il n’était qu’art, il serait froid ; s’il n’était qu’enthousiasme, il serait déréglé” disait Rivarol. Tout le talent du chef est de mêler l’art de commander et celui d’entraîner, pour trouver un équilibre stable qui mette ses subordonnés dans les meilleures conditions pour comprendre et exécuter ses ordres, et qui lui permette ainsi d’obtenir d’eux ce qu’il veut. C’est là cet équilibre fait de mesure et de sens du possible et que résumait Ardent du Picq : “Demander beaucoup pour avoir peu est un faux principe, source de méprises et d’atteintes à la discipline. Il faut obtenir ce que l’on exige ! Il suffit pour cela de faire preuve de mesure et d’avoir le sens du possible”. Un tel exemple nous est donné par un chef accompli comme le maréchal Juin, “le meilleur” (dixit De Gaulle). Exemplaire en première ligne sur le front d’Italie, bienveillant envers le plus humble de ses tirailleurs marocains, désintéressé en choisissant de servir Lyautey aux jours de la disgrâce et toujours enthousiaste, des tranchées de la Grande Guerre au commandement suprême des forces terrestre de l’Alliance atlantique : tel apparaît ce chef emblématique de la France Combattante.

C’est sur cet équilibre entre exigence et rayonnement que se fonde le commandement. En se mettant à l’école de chefs emblématiques - et pour nous, officiers de la France Combattante, ces exemples sont légions- nous retrouvons le sens profond de notre métier : élever des hommes pour servir la France.  

 









Accueil | La Saint-Cyrienne | Le Casoar | Les Promotions | Les Services

Siège de l'Association : 6, avenue Sully-Prudhomme - 75007 PARIS
Tél. : 01 44 18 61 00 / Fax : 01 44 18 61 08