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Le devoir de réserve, une notion non définie

 
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Auteur Message
archibald



Inscrit le: 15 Fév 2008
Messages: 42

MessagePosté le: Dim Oct 12, 2008 2:35 am    Sujet du message: Le devoir de réserve, une notion non définie Répondre en citant

Le devoir de réserve, une notion souvent évoquée mais non définie.
A la suite de la publication sur internet de mon livre « opération Tacaud, première opex » http://operationtacaud.wordpress.com/ , plusieurs de mes vieux camarades m’ont fait gentiment remarquer qu’il contient quelques opinions qui ne sont pas très « politiquement correctes ». Gentiment parce que chacun considère que l’auteur est seul juge de ce qu’il peut publier ou pas. Mais j’ai été contacté, tout aussi gentiment, par de jeunes camarades qui me demandent mon avis sur l’opportunité de publier leurs souvenirs et opinions sur telle ou telle opex à laquelle ils ont participé.
C’est pourquoi je veux exposer mon analyse de ce sujet ici sur le forum de La Saint-Cyrienne, espérant vos réactions, aussi diverses et ouvertes que possible, voire contradictoires, pour que nos jeunes camarades s’appuyant sur nos avis puissent former leur propre opinion et déterminer leur ligne de conduite.
C’est le moment d’en parler parce que, on l’a vu notamment avant l’été dernier, il existe un vrai malaise et parce qu’il faut en sortir. Parlons-en ici parce que nous aurions tort de laisser ce débat se développer sans nous et ainsi la parole être accaparée par d’autres dans le domaine de la Défense et de l’Armée dont nous sommes les spécialistes. Notre devoir n’est pas toujours de nous taire.
Mon présent exposé vise d’abord à poser le problème. Pour cela, on peut commencer par remonter à l’origine de celui-ci, bien que ce ne soit probablement pas l’essentiel. L’on peut mentionner que le problème actuel trouve son origine dans une mauvaise habitude : depuis plusieurs décennies, les militaires ne parlaient de leur métier que dans des publications spécialisées dont la diffusion était, et est encore, relativement confidentielle, discrète en tout cas. Ils ne s’exprimaient jamais dans la presse grand public, laissant leur place à des civils diversement brillants et compétents pour parler de Défense Nationale et d’Armée. L’habitude était prise à tel point que pour aborder publiquement les sujets militaires, il était préférable de ne pas être militaire.
Conséquence de cette habitude, l’expression des militaires dans la presse grand public se fait sous deux formes : une forme scandaleuse ou l’anonymat et parfois il y a cumul. On l’a vu au deuxième trimestre de 2008.
La forme scandaleuse d’un article dans la presse est donnée non par l’auteur lui-même mais par la feuille qui le publie. Par exemple l’article publié le 14 mai dernier dans « Le Monde » par le général Thomann puis son interview dans « Valeurs Actuelles » le 30 mai sont, à cet égard, typiques : son argumentation rationnelle et pondérée est d’abord chapeautée par des titres à sensation (menace sur notre capacité militaire !!) puis reprise et commentée avec outrance (le général pousse un coup de gueule !!). On n’en dirait pas autant si l’auteur était civil, on prendrait l’article pour ce qu’il est : une analyse. Mais non : c’est entendu, lorsqu’un militaire s’exprime ce ne peut être que pour dire des platitudes ou, au contraire, pour pousser un coup de gueule.
Pour éviter cet aspect scandaleux donné à l’expression militaire hors des publications spécialisées, la solution est parfois de s’exprimer sous anonymat. C’est ce qui se faisait depuis longtemps dans la presse et cela se fait désormais couramment sur internet. Cette solution pose, paradoxalement, un autre problème qui est celui-ci : parce que le lecteur ne s’enquiert pas de l’identité de quelqu’un qui est tenu à l’anonymat, n’importe qui peut écrire n’importe quoi en se prétendant militaire mais sans l’être. Pour ma part (et je vous invite à me suivre), je m’interroge encore sur l’existence du groupe « surcouf » qui fit paraître un article fort critique dans « Le Figaro » en juin dernier, « surcouf » présenté comme « un groupe d'officiers généraux et supérieurs des trois armées terre, air, mer, tenu à l'anonymat ». Très pratique, cet anonymat qui pourrait servir de camouflage à (pourquoi pas ?) un journaliste n’ayant aucune compétence sur le sujet mais ayant synthétisé ce qu’il a glané un peu partout. Inventer un groupe d’officiers supérieurs, ça donne de l’impact à son écrit. Relisez, à froid, cet article de « surcouf » : l’on constate d’abord qu’il ne contient rien d’original, que tout était déjà dit avant et ailleurs. L’on est amené à penser que personne n’aurait parlé de cet article s’il avait été signé par Monsieur Tartemèche, journaliste au Figaro et lecteur de blogs. L’anonymat permet au pékin de se faire passer pour militaire (et pour un groupe d’officiers supérieurs, ça fait bonne mesure) et ainsi à la fois de cacher qu’il n’a aucune compétence sur le sujet et de donner du sensationnel à son article.
Il faut sortir de cette situation. Sur cette image du militaire qui ne sait que se taire ou aboyer, nous avons beaucoup de progrès à faire. Nous devons, pour commencer, prendre conscience du problème. Déjà en 1984 le Général Leborgne écrivait ceci dans la Revue de Défense Nationale : « le silence peut passer au début pour un signe de réflexion ; mais s’il se prolonge il devient certitude de bêtise ». A cet égard les cyrards qui ont fait une carrière civile (c’est mon cas) peuvent témoigner du poids des préjugés qui entourent les militaires et anciens militaires quant à leur manque de courage pour s’affirmer… jusqu’à ce qu’ils prouvent le contraire et provoquent ainsi un clash parce qu’ils surprennent tout le monde. Dans l’intérêt de nos jeunes camarades, il faut effacer cette image.
Il faut parler sérieusement de ce fameux « devoir de réserve » pour pouvoir enfin en éliminer les effets pervers.
Ce n’est pas toujours avec sérieux que ce sujet est abordé, mais trop souvent avec la volonté de faire diversion. Il faut désormais perdre une autre vieille habitude : celle de mélanger des concepts qui sont apparemment voisins mais qui sont en réalité totalement distincts. Ces mélanges ont depuis longtemps permis (volontairement ?) d’esquiver le fond de la question et de trop facilement conclure que la Grande Muette devait rester sinon Grande, du moins Muette.
Ces mélanges qui font diversion sont de deux sortes : 1- le « devoir de réserve » trop facilement confondu avec le « secret professionnel ». A cet égard, voir l’excellente page de wikipedia : http://fr.wikipedia.org/wiki/Devoir_de_r%C3%A9serve
2- L’expression trop facilement considérée comme une critique, voire une opposition ou une revendication, aussitôt que cette expression s’écarte un peu des préceptes officiels. En réalité, lorsqu’un militaire exprime une opinion personnelle, cela ne signifie pas qu’il sera réticent à exécuter une décision qui ne serait pas conforme à son opinion. Il donne son avis pour aider à la prise de décision, c’est tout. Voici mon observation personnelle en vingt ans de carrière civile : combien de conseillers ai-je vu qui s’efforçaient de deviner la décision qui serait prise pour pouvoir donner préalablement un avis qui se révèlerait ensuite conforme à cette décision. Ce n’est pas ainsi que nous fonctionnons dans l’armée où un avis contraire n’est jamais considéré comme une critique ni une réticence. Un militaire qui émet un avis non conforme à celui du chef est quelqu’un qui participe à la prise de décision. Pour un civil, émettre un avis non conforme est aussitôt suspect d’opposition.
Voici les constatations de ce qui dénature le devoir de réserve des militaires pour en faire une obligation de mutisme hors du milieu professionnel. C’est ainsi que les militaires, qui ont toute la compétence voulue pour parler de Défense Nationale et d’Armée, laissent la parole à ceux que le Général Cann, avec une ironie qu’ils méritent, nomme « les spécialistes autoproclamés ». Nous devons occuper le terrain, notre terrain. Pour cela nous devons d’abord bien comprendre en quoi consiste, ou ne consiste pas, le devoir de réserve.
Yves Cadiou, octobre 2008
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Olivier Fournier



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MessagePosté le: Lun Nov 24, 2008 12:05 pm    Sujet du message: Base juridique Répondre en citant

Bonjour et excusez la rareté de mes interventions de civil,
lequel a eu à subir les effets pervers de l"Obligation de réserve" -pour des sujets moins graves que la responsabilité de risquer la vie de soldats- mais des sujets et problèmes de fond importants concernant l'Environnement et l'avenir de notre Planète (on voit le résultat 30 ans aprés ... ).
On notera que cette contrainte sans base juridique est pudiquement appelée "obligation de discrétion" dans les Entreprises privées.
La conclusion est simple, de bon sens et incassable au plan juridique :
il n'y a pas d' "obligation de se taire" pour QUICONQUE dés lors que cette obligation est utilisée pour étouffer une QELCONQUE INFRACTION (crime, délits, contravention) prévue dans le Code Pénal français.
Quelques articles ont le mérite de la clarté indiscutable sur la responsabilité pénale individuelle :
Article 11-4 : La loi pénale est d'interprétation stricte.
Article 121-1 : Nul n'est responsable pénalement que de son propre fait.
Article 121-6 : Sera puni comme auteur le complice de l'infraction, au sens de l'article 121-7.
Etc ...
Dans nos temps modernes de tricheries mondiales et de discussions infinies sur les moyens d'intoxication (sectes et religions comprises), le tout institué en seul exemple de l'existence humaine (excusez mais je vous résume cet exemple par le : "tout pour ma gueule ..."), les notions de responsabilité individuelle et de respect de l'autre sont à rappeler sans cesse et surtout à inculquer à nos descendants.
De là à déballer, même chez les militaires maintenant, son "histoire", ses "mémoires", et les petits secrets d'état, dans un livre commercial, je suis entièrement d'accord avec Archibald et l'Admin que cette "mode" est, elle aussi, perverse et totalement inutile au progrés démocratique.
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Olivier Fournier



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MessagePosté le: Jeu Juil 02, 2009 9:21 pm    Sujet du message: Répondre en citant

Bonsoir,

excusez ma discrétion depuis des mois, je ne me permet pas d'intervenir souvent dans les affaires militaires qui me sont étrangères.

Mais là les bornes du pouvoir dictatorial sous couvert "militaire" sont encore une fois dépassées.

Il s'agit encore d'une "sanction politique" très conjonsturelle du Commandant de Gendarmerie Jean-Hugues MATELLY telle que dénoncée publiquement par JDM
http://secretdefense.blogs.liberation.fr/defense/2009/07/gendarmerie-.html
et par Le MONDE :
http://www.lemonde.fr/societe/article/2009/07/02/un-gendarme-critique-est-menace-de-sanction_1214389_3224.html#ens_id=1208562

Il est souhaitable pour notre Démocratie française que des débats de fond, dans toutes les institutions militaires, essaient d'éviter que cette "Affaire DREYFUS" bis ne mène à des réactions excessives des gens normaux.

Je ne pense pas qu'on puisse attendre quoi que ce soit de MM.MORIN et HORTEFEUX. Reste comme d'habitude à intervenir plus haut où il semble qu'en ce moment on devient plus intelligent ...

En fait, vu l'état du monde, il semble au citoyen français que je suis, que ces manoeuvres visant la "sécurité civile intérieure" ne devraient pas invoquer l'éhtique et la déontologie militaires réservées aux combattants sur le front ! Sinon, sommes nous tous considérés cvomme "ennemis intérieurs" dés que nous critiquons comme Jean Hugues MATELLY ?
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Henri Carrard



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Messages: 6

MessagePosté le: Dim Sep 27, 2009 3:30 pm    Sujet du message: devoir de réserve Répondre en citant

Il me semble que le devoir de réserve peut se situer à trois niveaux :
1/ Lors de la préparation d'une décision (politique ou opérationnelle) le subordonné doit tout exprimer à son chef pour que tous les risques et les possibilités soient bien envisagés. Quand la décision est prise, on ne discute plus, on exécute même si ce n'est pas la solution que l'on avait envisagée.
2/ la discussion autour de la politique de défense doit être largement ouverte et tous doivent pouvoir s'y exprimer librement.
3/ un aspect moins envisagé qui me choque toujours profondément quand on entend ou qu'on lit les déclarations de très hauts responsables pendant et surtout après leur mandat ou leur commandement. La démangeaison les prend de raconter par le menu dans un livre ou à la presse le dessous des cartes dont ils ont eu connaissance. Un exemple frappant a été la semaine dernière un ancien directeur des RG qui est venu "témoigner" dans une émission sur l'A2 de façon frisant le ridicule et le clownesque devant M. Giesbert et des "personnalités" médiatiques.
A l'inverse, je connu assez bien le général E. Guilbaud qui termina sa carrière comme DG du SDECE de 1965 à 1971. Il avait tenu un journal personnel, qu'il m'avait fait lire, depuis 1931 en Mauritanie jusqu'en 1965 quand il était commandant supérieur à Madagascar. Il m'a dit plus tard, "quand j'ai pris le commandement du SDECE, je n'ai plus tenu ce journal, je n'ai donné aucun entretien à la presse, je n'ai écris aucun livre, ni pendant, ni après mon commandement." Il a tenu parole jusqu'à sa mort.
Puisse son exemple être un peu plus suivi aujourd'hui !
Henri Carrard (62 - 64)
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