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Pouvoir et vouloir,
Paris le 19 avril 2013
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Les combats se poursuivent au Mali, brillamment menés, ils suivent, dans un deuxième acte, la rapide et déterminante mise en place à Bamako puis la poussée irrésistible des différents GTIA protégés par les hélicoptères et les avions d'assaut. Plusieurs soldats sont tombés et ils auraient pu être plus nombreux compte-tenu de l'intensité des engagements.
Les jeunes officiers doivent poser un œil différent sur leurs hommes et réfléchir sur la nature profonde du soldat français. Peut-on dire « qu'il conserve la bravoure et l'amour de la gloire, la gaieté dans les circonstances les plus difficiles, la vivacité de l'intelligence, et cette facilité, trop souvent alliée à une légèreté qui peut le mettre dans des pas difficiles, d'où le tire une extraordinaire faculté de redressement, étonnement de ses adversaires ; le côté critique de son esprit, par quoi il juge ses chefs, dont il a vite fait de déceler les faiblesses et d'en jouer, aimant d'ailleurs s'il trouve en eux l'exempte, la fermeté, unis à la bonté, et plus encore à la justice, à « obéir d'amitié », à les suivre jusque dans le feu » ? Je ne serais pas surpris que les capitaines et lieutenants les reconnaissent dans cette description et pourtant elle a 75 ans, empruntée à l'avant-propos de l'histoire de l'Armée Française du Général Weygand.
Les soldats ont besoin de moyens, leurs chefs ont besoin de capacités significatives et cohérentes pour engager dans de bonnes conditions les armes de la France. Pouvoir donc, pouvoir agir avec des composantes équilibrées, complémentaires, adaptées. Depuis plusieurs mois l'inquiétude est grande chez beaucoup de cadres mais aussi d'élus de la majorité comme de l'opposition, d'industriels et de Français lecteurs de journaux de tous bords. Passer en-dessous de 1,5% du PIB consacré à la Défense serait un décrochage « catastrophique » en termes de positionnement de notre pays.
Peut-être est-ce pour cela que le Premier ministre, le 20 mars a dit à l'Assemblée Nationale « Au Mali, notre armée est notre honneur. Elle est la preuve que la France peut être à la hauteur de ses ambitions et, je m'y engage, elle continuera à l'être partout où ce sera nécessaire. » C'est l'expression du « vouloir » doublée d'un engagement, c'est notable et noté. En effet la France doit être à la hauteur de ses ambitions, à l'oublier c'est exposer le peuple Français et les générations qui suivront à de désastreuses déconvenues. La connaissance du passé nous permet de balayer les argumentaires de dangereux pacifistes ou d'hommes de bonne foi aveuglés par de multiples priorités qui n'en ont plus aucune à l'arrivée.
Au moment où parait cet éditorial vous en saurez peut-être plus sur la décision du Président concernant les Armées dont il a le commandement. Pouvoir, vouloir, décider, ces verbes illustrent succinctement le processus en cours.
Je tiens également à vous alerter sur un processus qui me paraît ne pas être sans danger pour la cohérence générale des armées. Des études menées par de « hauts techniciens civils » proposent aux autorités politiques de retirer aux militaires, dont le CEMA, des pans entiers du fonctionnement et du pilotage des armées pour les confier à des civils de la Défense. Le militaire est subordonné au politique soit, mais le politique douterait-il de la fidélité et de la qualité de ses chefs militaires pour les dépouiller de responsabilités qui donnent la cohérence indispensable à l'outil de défense. Après la guerre de 1870 la République a réussi à faire en sorte, pour la première fois, que le chef militaire soit responsable des forces, du soutien, des équipements et de la formation. La solidité de l'armée à l'impact de l'armée allemande en 1914 a prouvé l'intelligence de cette décision. Un siècle plus tard le concept reste aussi juste.
Une fois encore découvrez ce dossier du Casoar sur l'état des forces dont les articles, et en premier lieu ceux des plus hautes autorités militaires, vous apporteront des points de vue équilibrés et forts de conviction.