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ESM : quel avenir ?

Paris le 17 juillet 2014

Équation impossible ou/et faux problème ?

Bien que membre du conseil de perfectionnement de l’ESM de Saint-Cyr j’ai été très surpris par des propos concernant l’évolution de l’Ecole et ceci d’autant plus que le commandement n’a cessé, toutes ces dernières années, de se féliciter de son système de formation d’officiers. Le débat qui semble s’ouvrir concerne tous les membres de notre association. Que personne ne soit surpris de notre intérêt pour ce sujet.

 Les déclarations du Contrôleur Général des Armées Feytis, directeur des ressources humaines du ministère de la défense lors de son audition du 24 juin 2014, devant la commission Défense de l’Assemblée Nationale, ont porté sur son domaine de compétence et en particulier sur les écoles dont l’ESM de Saint Cyr . La totalité de ses déclarations est facilement retrouvable mais il m’a paru nécessaire de vous en citer une partie afin d’éviter des déformations malvenues et non souhaitées.

« M. le CGA Jacques Feytis ….. Monsieur Voisin vous m’avez interrogé sur les diminutions de recrutements d’officiers. Il y en a eu ces dernières années, les écoles militaires ne recrutent plus comme avant. Je suis ancien élève de l’école militaire interarmes. Il y a 20 ans, ses promotions comptaient 200 élèves, contre 80 aujourd’hui. À Saint-Cyr, 200 élèves étaient intégrés il y a 20 ans et seulement 120 aujourd’hui.

M. Michel Voisin. Certes, mais quel était alors l’effectif des armées il y a 20 ans ? Le problème est là.

M. le CGA Jacques Feytis. Je pense que la diminution des recrutements d’officiers est assez proportionnelle à la réduction des effectifs globaux. Nous nous améliorons collectivement sans cesse. Au titre de mes nouvelles responsabilités dans le cadre de la nouvelle gouvernance RH, j’exerce une pression amicale et bienveillante mais certaine sur mes collègues DRH d’armée afin qu’ils soient vigilants quant aux volumes de recrutements dans les écoles dont ils ont la charge. Toutefois si nous voulons préserver ces écoles, il ne faut pas diminuer les recrutements à l’excès. En deçà d’un seuil critique, se poserait la question de l’existence même de ces écoles, ce qui serait gravissime. Nous devons préserver nos grandes écoles militaires.

Mme la présidente Patricia Adam. Il faut les ouvrir.

M. le CGA Jacques Feytis. C’est en effet une autre solution, à laquelle je suis favorable et à laquelle toutes les armées réfléchissent. Il faut ouvrir le recrutement de ces écoles à des étudiants qui seront heureux de faire Saint-Cyr, l’École navale ou l’École de l’air, même s’ils n’envisagent pas d’être officiers. Ils seront satisfaits de bénéficier des formations offertes et que l’on pourra sans doute adapter à la marge sans les dénaturer, pour vraisemblablement devenir des ambassadeurs enthousiastes de nos armées dans la société civile. En tout état de cause, je peux vous affirmer que les armées ont fait des efforts dans ce domaine.

MM. Michel Voisin et Nicolas Dhuicq. Mais pour exercer quels métiers ?

M. le CGA Jacques Feytis. Je pense qu’un jeune diplômé ingénieur de l’École navale ou de l’École de l’air ou de Saint-Cyr présentera un profil intéressant. Nos officiers ne sont pas forcément recherchés pour leurs compétences techniques militaires. J’ai récemment rencontré un jeune capitaine d’artillerie recruté dans une banque. J’imagine qu’il n’a pas été embauché pour sa maîtrise de la technique de l’artillerie. Ce sont ses compétences génériques qui ont intéressé l’entreprise. De la même manière, je suis persuadé que beaucoup de personnes seront ravies de suivre une formation dans une grande école militaire dans le cadre d’un double cursus ou d’un double master. Il est ainsi possible d’envisager un parcours de trois ans dans l’une des trois écoles militaires évoquées, complété par un an en école de commerce ou d’ingénieur avant de se lancer dans la carrière d’un cadre du secteur privé.

Mme la présidente Patricia Adam. D’autant que notre pays manque d’ingénieurs.

M. Nicolas Dhuicq. Ils partent à l’étranger !

M. le CGA Jacques Feytis. Il nous manque en effet environ 15 000 ingénieurs par an. Que nos écoles militaires contribuent à améliorer cette situation ! Ceci sera en outre facteur de rayonnement. On pourra objecter que l’effort financier afférent sera à la charge du ministère de la Défense. Nous ne sommes certes pas en mesure de mettre immédiatement de telles mesures en pratique, mais nous trouverons des solutions. Toutes choses égales par ailleurs tant son cas est spécifique, Polytechnique est une école militaire certes, mais qui forme des cadres de la société civile. Des solutions peuvent être trouvées, les armées ne sont pas irresponsables et ont veillé à maîtriser tous leurs flux de recrutements, directs, internes ou d’officiers sous contrat.

L’effet de la réforme des retraites de 2010 a été très important sur l’évolution de la population d’officiers ; l’accroissement de deux ans des limites d’âge a de ce fait pesé sur la manœuvre RH de la précédente LPM et pèse d’ailleurs encore sur celle en cours. L’évolution des effectifs d’officiers ne découle donc pas d’une irresponsabilité supposée des gestionnaires, mais bien de l’impact de cette réforme. »

A la lecture de l’intégralité du texte il apparait bien que le commandement a un problème majeur, comment exécuter la Loi de Programmation Militaire alors que les ressources sont en partie incertaines. Parmi les questions qui en découlent le départ des officiers est effectivement plus compliqué (!) que le retour dans le civil de milliers d’hommes et femmes qui avaient souscrits des contrats à durée déterminée.

Je pense que le véritable enjeu pour les responsables est de savoir comment continuer à financer nos Ecoles de formations initiales avec les réductions budgétaires. A partir de quel seuil sera- il difficile de « justifier » (?) leurs existences? Quelles sont les marges?

Les anciens élèves peuvent facilement comprendre une diminution progressive des promotions d’officiers sous réserve de maintenir tout l’encadrement suffisant dans les forces et toutes les structures de commandement nationales et internationales. Les problèmes de taille des promotions ne doivent pas être un absolu de gestion, ainsi par exemple la Police Nationale entretient une école des commissaires avec des promotions de 25 élèves !

Cependant l’idée de modifier profondément l’ESM de Saint-Cyr est-elle bonne, c’est autre chose !

Est-ce que les difficultés budgétaires doivent conduire à des évolutions comme l’ouverture à des élèves civils alors que dans le même temps est étudiée la perte du statut d’école militaire de Polytechnique ?

L’avis semble unanime pour considérer qu’il ne serait pas bon d’inclure dans les promotions des élèves qui savent d’emblée qu’ils ne seront pas militaires. Cela poserait de graves problèmes en termes de cohésion et de moral. Que nombre de Saint-Cyriens ne soient pas amenés à faire de longues carrières dans l’armée est un fait qui est rentré, vaille que vaille, dans les esprits. Que l’on puisse s’engager à Saint-Cyr sans même penser à la « chose militaire », c’est « inimaginable » ou plus gentiment écrire cela est proprement préjudiciable sur le long terme.

Faut-il faire de l’ESM une école de spécialisation d'un an pour des étudiants en deuxième scolarité ?

Là encore les avis ne sont pas favorables à cette forme exclusive d’autant plus que le recrutement Bac +5 existe déjà et que l’analyse fine de cette voie n’est pas connue.

Un officier m’a écrit récemment que « la question de la formation doit à mon sens aller de pair avec le déroulement de carrière (et le positionnement des officiers). Qu'est-ce qui fait qu'une école est une Grande Ecole pour le sens commun ? Je dirais trois choses : un concours sélectif et difficile, une scolarité ouverte et de haut niveau, un déroulement de carrière quasiment garanti pour ceux qui en sortent. Au regard de ce dernier critère, est-ce vraiment le cas pour la Spéciale aujourd'hui ? ». 

 Tous les officiers d'active saint-cyriens à qui j’ai demandé leur avis sont donc unanimes pour juger la coexistence d'élèves destinés à devenir des officiers et d’autres soucieux, d’emblée, d'une carrière civile à la sortie de l’école comme une mauvaise idée. Que dire des plus anciens ! Par contre que des partenariats soient développés avec des grandes écoles civiles est généralement perçu très favorablement. La possibilité de créer un master spécialisé ouvert à des étudiants civils est également considérée positivement.

Le problème est-il ailleurs ? Veut-on profiter de difficultés de gestion des ressources humaines et financières pour affaiblir une école qui répond à son objet ? Je n’ose le croire !

Les anciens et les modernes savent qu’une armée moins bien équipée mais correctement encadrée vaut mieux qu’ une armée correctement équipée mais moralement et intellectuellement à l’abandon.

La Saint-Cyrienne pourrait participer à un débat, faciliter la mobilisation de l’expérience de nombreux ex-hauts responsables de la formation, éventuellement mettre sur pied un Groupe de Travail indépendant «ouverture de la formation à Saint-Cyr», le tout comme aides au commandement. Ce sujet de «l’ouverture» serait aussi une bonne mission pour le Conseil de perfectionnement de l’ESM, lequel a le mérite d’être officiel.

In fine ce qui me frappe finalement le plus à la lecture du compte-rendu de l’audition ce sont les propositions de changement dans une Ecole, je ne peux parler que de l’ESM, qui donne toutes satisfactions au commandement et au ministre de la Défense. Depuis 7 ans que je suis président de la Saint-Cyrienne je n’entends que des chefs louer la qualité de la formation de nos jeunes officiers et ces derniers en donnent des preuves sur les théâtres d’opération. Le changement pour le changement n’est jamais un argument, le changement comme fuite en avant de même. L’équation «impossible» semble issue d’un problème mal posé ! 

Le Ministre de la défense, parlant de notre assise sur la scène internationale a pourtant écrit début janvier « … Si de tels résultats sont possibles, c’est aussi parce que l’armée de Terre dispose d’un corps d’officiers de très grande valeur, à même de tirer le meilleur parti d’une culture militaire ancienne, d’une grande richesse de recrutement et d’écoles de formation dont chacun reconnait l’excellence. Parmi ces écoles, l’école spéciale militaire de Saint-Cyr occupe une place éminente. Aujourd’hui comme hier, les Saint-Cyriens se distinguent en particulier par leur aisance dans les relations humaines et leur enthousiasme moteur pour le groupe. C’est le constat que je fais à chaque fois que je me rends dans les régiments, en garnison comme sur les théâtres d’opérations. »

 
La devise de l’Ecole est « Ils s’instruisent pour vaincre », c’est avant tout l’expression la plus claire d’une volonté politique du plus haut niveau. Gardons un sens aux mots et la mission régalienne restera confiée à des officiers intelligents, compétents et courageux.
 
Général de corps d'armée (2s) Dominique DELORT
Président de la Saint-Cyrienne

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