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Prix Goncourt 2011
Editons Gallimard - 630 pages
 
 
Le Général de division (2S) Daniel ROUDEILLAC (57-59) vous propose un commentaire sur ce livre :
 
En décernant son Prix à l'ouvrage d'Alexis Jenni, (plus de 630 pages tout de même !), le jury du Goncourt a récompensé un livre qui ne saurait être qualifié de roman, ni d'essai, ni de livre d'Histoire.

Ce livre n'est pas un roman, car treize chapitres (dont sept de commentaires) « empilés » les uns sur les autres, comme le sont des briques disparates, ne font pas un récit romanesque. Il y manque le souffle des grandes œuvres du genre ; il y manque surtout une histoire et des personnages hors du commun. Ceux d'Alexis Jenny (deux personnages principaux : le narrateur et Salagnon) sont des individus falots, mal dans leur peau, vivant en marge de leurs concitoyens. On constate d'emblée que l'auteur n'a pas dû côtoyer souvent ces officiers parachutistes, qui semblent incarner pour lui le mal absolu ! « L'art français de la guerre » relèverait plus du recueil de nouvelles que du roman, au sens habituel du terme, car les treize chapitres mentionnés, et notamment ceux intitulés « Commentaires », peuvent être lus indépendamment.

Mais l'ouvrage n'est pas plus un essai, en dépit de la volonté de l'auteur de faire valoir sa thèse selon laquelle, les Français et son armée notamment, n'ayant jamais su accepter « la différence » et la diversité, auraient hérité de leur passé colonial l'usage systématique de la violence et de la force, comme en témoignerait aujourd'hui la façon dont les Polices (nationale et municipale) agissent dans les banlieues, lorsqu'elles sont confrontées aux immigrés et aux « Arabes » notamment'.L'argumentaire utilisé pour conforter cette thèse est non seulement un peu court mais il est surtout entaché d'un parti pris peu compatible avec une approche sereine d'une telle problématique.

«l'Art français de la guerre » n'est pas plus un livre d'Histoire, en dépit de l'intention de l'auteur de réécrire certaines phases de combat de la seconde guerre mondiale et de rendre compte à sa manière de l'action de l'armée française en Indochine et en Algérie. Même si Alexis Jenni a pris le soin de se documenter, il est clair que son approche d'évènements aussi complexes que le sont les guerres, dites coloniales, relève plus de l'affirmation d'une idéologie dépassée que de la volonté d'aborder l'Histoire avec l'objectivité qui sied à un Historien.

De quel genre relève donc l'ouvrage sélectionné pour le Goncourt ?

Disons qu'il est révélateur des idées toutes faites d'une certaine frange intellectuelle de la société française, porteuse de certitudes et indifférente aux erreurs d'appréciation qu'elle a pu émettre au fil des décennies. Il est inquiétant qu'un agrégé de l'Université s'en tienne à tant d'approximations sur l'Histoire de son pays et sur l'action des outils régaliens que sont les forces armées et la Police. Il est affligeant que cet universitaire véhicule autant de clichés éculés sur les armées, comme le font les plus incultes des antimilitaristes à la française. Il est significatif d'apprendre que celui qui s'enflamme pour la diversité ne la vit au quotidien qu'au sein d'un établissement d'enseignement privé situé hors d'atteinte de ceux, dont la défense est désormais le fond de commerce de l'intelligentsia de gauche française, en quête de causes à défendre depuis la chute du mur.

Il est non moins révélateur de la repentance et de l'auto-flagellation, qui sévit actuellement au sein de la société française, que le Jury du Goncourt ait sélectionné un tel ouvrage, dont on sait que plusieurs centaines de milliers de nos concitoyens vont se croire invités à le lire.

Retenons à décharge que ce livre est globalement bien écrit, même si le phrasé haché de l'auteur peut importuner le lecteur comme l'usage de termes surannés ou pour le moins «recherchés».

 


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