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Les premiers Casques bleus français - Casoar supplément

  • 23 juil. 2018
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  • Catégorie : Casoar
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  • Auteur : Ségolène Martinez
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Les premiers Casques bleus français


Par le colonel Jacques Priot – Promotion « Maréchal de Lattre » (1951-53




En mars 1978, les relations entre les Israéliens et les Palestiniens sont au plus mal ; à la suite de plusieurs attentats, Israël a décidé d'envahir le sud du Liban jusqu'au fleuve Litani pour éliminer les Palestiniens qui y font la loi, armés puissamment.

Une résolution des Nations Unies décide d'envoyer sur place une force armée baptisée Force Intérimaire des Nations Unies au Liban. Le président Giscard d'Estaing est le premier à vouloir participer à cette force, le 20 mars.



Un bataillon est donc constitué le 23 autour du 3e RPIMa de Carcassonne, commandé par le colonel Salvan qui reçoit des renforts de toutes armes et services et principalement des anciens officiers observateurs de l'ONU et des interprètes franco- anglais et franco-arabe, et en plus une antenne SM constituée par moi, de la 1re brigade parachutiste de Toulouse et d'un adjudant-chef de la 2e brigade parachutiste de Pau. Tout ça se met en place et s'organise sur le terrain de Francazal le soir même ; tous les casques ont été peints en bleu précédemment et les véhicules en blanc avec ONU en grosses lettres.


A minuit, le PC, quelques renforts et la 3e compagnie du régiment embarquent à bord d'un DC 8 du GLAM et s'envolent pour le Liban. Le reste du régiment suivra demain et après-demain par Transall et bateau. Dans l'avion, Salvan et moi avons le temps de sympathiser – une promo seulement nous séparent - et de mettre au point nos rôles ; je serai son officier SM et son commandant en second. Six heures plus tard, nous sommes posés sur le terrain de Beyrouth. Nous sommes accueillis par le colonel Lepeillet, attaché militaire à l'ambassade de France, le lieutenant-colonel Espinassy, chef de la commission d'armistice israélo-libanaise – Israeli Libanese Mixte Armistice Commission, on dit ILMAC - et de nombreux journalistes.


"C'est à Tyr qu'il faut mettre le PC de la FINUL mon général"



La journée du 24 est occupée à se renseigner auprès de ces deux camarades sur la situation au sud du Litani et sur l'échiquier libanais. Rien n'est simple, je retiens surtout que les Palestiniens occupent du côté de Saïda et de Tyr des poches, appelées'' Fatah land '' où l'armée et la police libanaises ne se risquent pas. En même temps, installation provisoire sur la base aérienne de l'armée libanaise qui jouxte l'aéroport.

Vendredi, Salvan prend la route pour Tyr pour un premier contact et pour y installer la 3e compagnie. Il est de retour le soir après avoir installé cette unité dans une ancienne caserne de l'armée libanaise à la sortie sud de Tyr occupée seulement par quelques Palestiniens qui laissent la place sans faire d'histoires.


Samedi 26, le colonel Salvan doit assister à une importante réunion à l'ambassade de France et il me demande d'aller à sa place à Tyr avec une compagnie pour apporter du ravitaillement à la 3compagnie, prolonger la reconnaissance et prendre l'ambiance dans la région de Tyr. Je me fais accompagner par deux camarades anciens observateurs (UNSO) qui parlent parfaitement l'anglais. Sur la route côtière qui va de Beyrouth à Tyr par Damour et Saïda, nous passons par plusieurs barrages de Palestiniens armés, fusil M 16, kalachnikov, halftrack, Toyotas avec mitrailleuse lourde, postes radio sony ou motorola ; aucun représentant de l'armée ou gendarmerie libanaise. Après quelques palabres et appels radio on nous laisse passer. Ici les Palestiniens sont appelés PLO, Palestinian Liberation Organisation. À Tyr, après avoir vu la 3e compagnie, petit tour en ville et au port ; celui-ci est un charmant petit port de pêche mais inutilisable car encombré de plusieurs bateaux coulés. Toujours aucun représentant de l'Etat libanais. A propos, quelle est la mission de la FINUL ? 1- séparer Israéliens et Palestiniens 2- jalonner le retrait de Tsahal jusqu'à la frontière 3- aider au rétablissement de la souveraineté du Liban au sud du Litani. Nous verrons que si les deux premiers points seront réalisés, le troisième ne le sera jamais.



Je décide de pousser plus au sud jusqu'à la ligne de front entre les PLO et Israéliens à la hauteur de Rachidieh ; là est un camp retranché et armé des PLO. Contact avec un jeune chef de peloton de chars israélien, chance il parle français ; il me dit qu'il y a une réunion avec son EM au poste frontière de Naquourah et qu'il est prêt à m'y emmener. Un quart d'heure après nous y sommes ; en roulant avec mes observateurs et les journalistes, j'ai le temps de voir les positions palestiniennes et israéliennes, d'un côté amateurisme, de l'autre professionnalisme, aucun Libanais.


PC de la FINUL à Naqoura vu du large


Naquorah est une belle bâtisse qui était autrefois le poste de douane puis le PC de l'ILMAC avant l'attaque de Tsahal. Là je trouve le général commandant le front nord avec son EM et quelques observateurs de l'ONU (UNSO) en Israël. Ne parlant que la langue de Molière et de Goethe je suis content d'avoir mes deux UNSO ; ce général semble très bien disposé vis-à-vis de la FINUL et de son '' French Bat '' qui a très bonne réputation, mais il trouve que c'est quand même un peu léger. Je lui déclare que d'autres bataillons de diverses nations sont attendus et  que la FINUL sera portée à 5 000 hommes. Rassuré, il me donne une carte avec toutes ses positions au sud du Litani et me conseille de les occuper dès que possible afin qu'il puisse effectuer un premier retrait vers la frontière sans être harcelé par les Palestiniens. Je prends congé et retourne à Tyr avec mes observateurs et mon essaim de journalistes, rapide arrêt pour récupérer mon unité et satisfaire la curiosité des journalistes puis nous reprenons la route pour Beyrouth, où nous arrivons à la tombée de la nuit ; je rends compte à Salvan.



Le week-end et le lundi sont occupés à prendre des contacts, des renseignements à l'ambassade de France auprès de l'attaché militaire et du représentant du SDECE, auprès également des camarades de l'armée de l'Air libanaise (elle n'a que des hélicos à Beyrouth, Pumas et Alouettes). La lecture des journaux libanais francophones aussi aide beaucoup à comprendre l'imbroglio du Moyen-Orient, l'écoute d'une station de Radio Monte - Carlo qui émet en français également. Le reste du régiment arrive de France par avion avec deux Alouettes qui sont immédiatement remontées.



Le 28 tout le régiment se porte à Tyr et s'installe dans la caserne ; c'est plutôt un camp avec des petits bâtiments sans étage, une enceinte carrée et quatre miradors aux coins, à 200 m d'une belle plage de sable et des ruines d'un bel hippodrome romain.

Quelle est l'organisation de la FINUL ? Elle dépend d'un général finlandais, Silasvuo, qui commande tous les éléments de l'ONU au Moyen-Orient    , casques bleus et observateurs d'Egypte, Israël, Jordanie et Liban. La FINUL est commandée par un général ghanéen qu'on ne verra jamais, surtout quand ça pète … un général français est attendu comme commandant en second. Un bataillon suédois est arrivé pour nous épauler à notre est, d'autres doivent arriver prochainement. Le commandant des PLO à Tyr – le colonel Azmi du Fatah - nous détache un officier de liaison, le major Tamraz qui parle anglais, Salvan aussi, donc tout va bien. A Tyr il y a une école chrétienne dont la mère supérieure parle français, elle nous reçoit souvent, nous aide et nous renseigne.


Le colonel Salvan déploie une activité extraordinaire pour connaître parfaitement notre zone et installer des postes entre les unités israéliennes et les Palestiniens pour que ceux-ci ne puissent pas aller harceler les premiers ; dans notre secteur également, activités de patrouille et de contrôle pour empêcher les PLO de se promener partout en armes.

Un bateau arrive de France au port de Beyrouth le 4 avril avec le restant des véhicules du régiment et un bel escadron d'AML du RICM commandé par le capitaine Delort (Il dirigera plus tard La Saint-Cyrienne). Tous rejoingnent Tyr dès le lendemain. Le général Cuq, commandant la 1re brigade parachutiste, arrive pour prendre son poste d'adjoint à la FINUL le 9 avril et installe provisoirement le PC de celle-ci à côté de Saïda dans une ancienne raffinerie.



Les 10 et 11 avril, un BTC de la '' Royale '' arrive en face de Tyr pour prendre contact avec nous ; Salvan étant sur le terrain, c'est moi que vient chercher sur la plage un zodiac pour m'emmener à bord. Concertation avec le ''pacha'' puis ses commandos Marine feront des reconnaissances de plage pour voir comment ''beacher'' le BTC en cas de besoin pour ravitailler ou récupérer les éléments français de la FINUL.

M.Waldheim, secrétaire général des Nations Unies vient rendre visite à la Finul le 18 avril. Il arrive d'Israël par Naquoura, nous l'accueillons sur la route à la hauteur de Rachidieh où les Palestiniens organisent une grande manifestation pacifique. Salvan qui a pris M. Waldheim dans sa jeep a du mal à fendre la foule pour l'amener à Tyr où les honneurs lui sont rendus par le Frenchbat.



Le 27, arrive un bataillon sénégalais, magnifique bataillon dont les véhicules et l'armement sont français, sonneries du clairon et ordres en français. Son arrivée est une bonne chose, il se déploie à notre est sur notre gauche et nous permet de mieux réorganiser notre dispositif alors que les Israéliens ont fait un nouveau bond de quelques kilomètres vers leur frontière.


Pendant le mois d'avril les Palestiniens essayent à plusieurs reprises de s'infiltrer de nuit à travers nos positions pour aller harceler les Israéliens ; parfois les premiers se collent à nos postes ; les seconds ripostent en ne faisant pas de détails, résultat, un tué et deux blessés chez nous. Un jour, trois PLO, probablement sous l'emprise du haschich, viennent sous un de nos miradors en brandissant leurs armes et insultent la sentinelle ; celle-ci fait les sommations réglementaires, les trois la couchent en joue, le para rapide et plein de sang-froid tire avec son FSA et blesse un des trois énergumènes à la jambe ; ils s'en vont en vociférant.


Le colonel Salvan fait procéder quotidiennement de nuit à des patrouilles motorisées de la SER ou des AML du RICM dans la ville de Tyr et de ses faubourgs pour rassurer la population libanaise. Tamraz nous fait savoir que les PLO n'apprécient pas du tout. Malgré nos conseils, le général Cuq installe le PC de la FINUL à Naquoura dans l'ancien poste de douane adossé à la frontière. Son EM prend de l'ampleur, il reçoit des officiers américains et des camarades prélevés sur les EM de la 1re brigade parachutiste et de la 11e DP, un bataillon logistique rejoint, principalement français. On dresse donc des tentes et des bâtiments en préfabriqués.

Salvan qui en a assez de ces infiltrations et de ces harcèlements, décide de mettre des embuscades nocturnes sur les itinéraires préférentiels. Le 1er mai, trois Palestiniens sont ainsi abattus et leurs armes récupérées ; celles-ci seront remises à Tamraz dans un but d'apaisement. Dès le lendemain, on sent que la tension monte à Tyr et vers 18 heures le convoi routier périodique qui monte ravitailler un de nos postes tombe dans une embuscade. Aussitôt alerté par radio, Salvan envoie son officier opérations avec la SER et un peloton d'AML en renfort sur les lieux ; vers 18 h 30, celui-ci rend compte qu'il est arrêté lui aussi par une embuscade à mi-chemin. Salvan et Tamraz foncent sur place avec leurs jeeps pour arrêter l'affaire en me laissant le commandement de la caserne où je double les sentinelles des miradors, met sur pied une section de combat pendant que le capitaine Delort met en place une AML canon dans l'axe du porche d'entrée. Bien nous en a pris car nous sommes rapidement pris à partie au fusil par des PLO à pied et deux Toyotas à mitrailleuse lourde ; devant les feux nourris de la caserne ils battent en retraite.

Vers 19 h 30, tout semble s'être calmé, on n'entend plus rien, Nos éléments sur le terrain rentrent avec l'officier opérations ; ils ont des blessés, il manque une AML et une camionnette, mais ils ont deux prisonniers. Pas de nouvelles de Salvan, de l'adjudant qui était avec lui ni du chauffeur de sa jeep, ni de Tamraz. Pendant que le médecin-chef aidé par nos UNSO s'affaire auprès des blessés, je m'occupe au téléphone et à la radio des comptes-rendus à Paris, à Toulouse, à Beyrouth et à Naquoura. Un coup de téléphone de l'ambassade m'apprend que Salvan a été évacué à l'Hôtel-Dieu de Beyrouth par une voiture de Palestiniens, il est gravement blessé mais ses jours ne sont pas en danger.

Je prends donc le commandement du Frenchbat et rend compte à Paris et à Naquoura en demandant la mise en place d'un nouveau chef de corps. Puis, dans la nuit, j'envoie sur les lieux de l'accrochage le chef de bataillon Fourrière qui piaffe, avec deux jeeps armées et l'ambulance. De retour une heure plus tard, il a vu les restes de la camionnette et de l'AML bazookées ainsi que trois voitures palestiniennes abandonnées, mais personne.

Le major Tamraz se pointe à six heures du matin et me propose une réunion avec son chef le colonel Azmi à leur PC ; je m'y rends avec Fourrière et l'aspirant qui nous sert d'interprète franco-arabe. Dans ce PC bien organisé, je trouve Azmi mais aussi plusieurs autres chefs de différentes factions palestiniennes ; en passant devant la porte ouverte de leur station radio, je me rends compte que nos réseaux onusiens et les réseaux de Tsahal sont écoutés en permanence à l'aide de très beaux postes américains. Je passe la matinée à boire du café turc et aidé par l'aspirant à palabrer avec ces messieurs tous plus farouches les uns que les autres ; ils nous reprochent notre agressivité, ils n'ont jamais vu des Casques bleus comme nous … Devant mon calme et mon insistance, ils me rendent d'abord une douzaine de Sénégalais qui passaient par Tyr au mauvais moment, puis les corps d'un Sénégalais et de l'adjudant qui accompagnait Salvan. Après de nouvelles discussions et cafés turcs, on me rend les trois marsouins de l'équipage de l'AML, ils sont légèrement choqués mais intacts ; à chaque fois, Fourrière emmène tout cela à la caserne avec sa jeep et revient. Mais, après le énième café turc, il me manque encore le conducteur de la jeep du colonel. J'abats ma dernière carte : nos deux prisonniers que j'ai bien recommandé au chef de poste de garde, stupeur et agitation des PLO … Finalement le conducteur est retrouvé à un hôpital occupé par les Palestiniens et m'est rendu, retour à la caserne où je remets à Azmi et Tamraz les deux prisonniers en bon état. Nouveaux CR à Paris, Toulouse, Beyrouth et Naquoura. Le bilan de la journée se monte à deux tués et treize blessés, une jeep, une AML et une camionnette détruites chez nous ; chez les Palestiniens, trois 4X4 détruits, une vingtaine de PLO mis hors de combat et deux prisonniers.


En début d'après-midi, j'entends un hélicoptère, non ce n'est pas le général Cuq, le pilote est seul et me dit qu'il doit m'emmener à une réunion au PC avec le général Silasvuo. Dix minutes plus tard, je suis au PC de Naquoura, beaucoup de monde, les deux généraux, leurs EM. On me demande de raconter notre affaire, Silasvuo comprend le français, je fais un CR aussi complet et aussi bref que possible, puis je prends congé. Le général Silasvuo me rattrape et me félicite chaleureusement.


Les jours suivants sont bien remplis : le 4 j'ai la visite du sous-préfet de Tyr, qui est en exil à Nabatieh au nord du Litani depuis plusieurs années ; il vient me témoigner de sa sympathie après ces événements tragiques. D'une manière générale la population est très favorable aux Casques bleus en particulier les Français, surtout les chrétiens et les sunnites, les chiites sont expectatifs ; je vais voir le général à Naquoura et lui apporte des propositions de citations, sur ma demande il m'annonce sa visite à Tyr pour le 7. Le nouveau chef de corps du 3e RPIMa arrive le 5 de Carcassonne, c'est le commandant en second, je lui fais connaître l'officier de liaison palestinien. Le lendemain samedi 6, d'un coup d'hélico je vais à Beyrouth voir Salvan à l'hôpital ; il est couvert de pansements, très faible mais conscient. Le 7 visite enfin du général Cuq qui préside la prise d'armes pour introniser le nouveau chef de corps et fêter l'anniversaire de l'armistice de 45.


Tyr, 7 mai 1978 cérémojnie avec l'escadron Delort


Chaque jour, les grands quotidiens parisiens paraissent le lendemain à Beyrouth, lors d'une liaison à l'ambassade je vois les premières pages de deux journaux datés du 3 mai. Elles présentent des manchettes propres à affoler les familles des Casques bleus français : ''Massacre des parachutistes français au Liban'' et ''Déluge de fer et de feu sur la caserne de Tyr'', alors que nous n'avons que deux tués pour tout le bataillon et qu'aucun projectile à tir courbe n'est tombé à l'intérieur de la caserne ; aussitôt j'envoie un message à ma direction afin qu'elle réagisse auprès de ces journaux.



Le 15 juin, un rassemblement de PLO armés est repéré dans notre zone ; est-ce pour éprouver le nouveau chef de corps ? Je lui conseille de réagir vite et en force, il va sur place avec la compagnie de réserve, deux pelotons du RICM et nos UNSO. Après négociations, les Palestiniens se dispersent et disparaissent. Le général nous a transmis les consignes de modération de l'ONU, '' nous ne sommes plus en Indochine ou en Afrique ''… Interruption de nos patrouilles motorisées nocturnes.

Trois nouveaux bataillons sont arrivés, un népalais, un nigérian, un norvégien. Le dispositif de la Finul est à nouveau modifié, le Frenchbat s'installe plus au sud-est dans la région de Qana et Harris, les Israéliens ont fait un nouveau petit bond vers le sud. Je fais chaque fois que c'est possible des liaisons à l'ambassade à Beyrouth, à l'Hôtel-Dieu et également à Tel-Aviv où je vois le camarade du SDECE.


Fin juin, un petit contingent du bataillon part en permission en Israël pour dix jours – l'ONU offre cette permission avec une prime en dollars à condition de la passer sur le théâtre d'opération – depuis l'affaire du 2 mai les Français sont très bien vus, d'où très bon accueil et nombreuses réductions.


Les derniers renforts arrivent, un bataillon fidjien et un irlandais, nous abandonnons définitivement Tyr aux Fidjiens pour nous implanter plus solidement dans la région de Harris. L'ancien commandant en second de Salvan est gêné car il est à la fois plus jeune et moins ancien que moi, j'essaie de le rassurer en ne jouant qu'un rôle d'officier de sécurité, de renseignement et de conseil. D'ailleurs, la situation est éclaircie quand arrive le 12 juillet le nouveau et définitif chef de corps, c'est le colonel Mircher, un camarade de promotion. D'autre part, je suis détaché pendant presque deux mois au poste d'attaché militaire à Beyrouth afin de permettre au colonel Lepeillet de partir enfin en permission en France après trois ans.

Mais pendant les mois de juillet et août, je ne perds pas de vue ni la FINUL ni le Frenchbat ; une fois par semaine je viens prendre contact avec Cuq et Mircher et mon nouveau sous-officier ISM le sergent-chef Figarol, vient de temps en temps à Beyrouth me raconter ce qui se passe dans le sud.



Pendant l'été, la situation au sein de la FINUL se dégrade considérablement. Si les trois bataillons fidjien, népalais et français restent impeccables dans leur tenue et leur comportement, il n'en est pas de même pour les autres bataillons ; les Norvégiens et les Suédois attendent la fin du mois pour la solde et les primes de l'ONU, les Irlandais boivent de la bière, les Nigérians vendent leurs équipements et leurs munitions et même les Sénégalais deviennent sales et négligents. Le résultat ne se fait pas attendre, les Israéliens ne font plus confiance à la FINUL, ils mettent sur pied à la frontière une milice chrétienne libanaise financée par eux, de contrôlés ils deviennent contrôleurs, nos véhicules qui passaient librement la frontière sont maintenant souvent fouillés, même un jour la VL du général, pas content le général … ! D’autre part, le PC de la FINUL s'est ''fonctionnarisé '', à part les permanences, tous les cadres vont dormir à l'hôtel à Naharia, station balnéaire sur la Méditerranée en Israël … c'est évidemment plus confortable que les lits picots dans les préfabriqués de Naquoura ou de la caserne de Tyr ...


Tous les six mois, un bataillon français prendra la relève ; en septembre ce sera le 8e RPIMa du colonel Cann qui remplacera le 3e RPIMa de Mircher.


En 1982, à l'occasion d'un nouveau conflit, les chars de Tsahal traverseront sans problème la FINUL et iront jusqu'aux faubourgs de Beyrouth, les PLO seront chassés du Liban mais bientôt remplacés '' avantageusement '' dans le sud par le Hezbollah qui s'est formé à Baalbek en janvier 1980 aidé par l'Iran.



Aujourd'hui, quarante ans plus tard, la souveraineté de l'Etat libanais n'est toujours pas rétablie au sud du Litani. Et la FINUL est toujours là, impuissante entre Tsahal, les phalangistes chrétiens et le Hezbollah .

Auteur :
Ségolène Martinez

Membre associé

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