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Nouvelle-Calédonie: référendum du 4 novembre 2018

  • 20 déc. 2018
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  • Catégorie : Casoar
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  • Auteur : Ségolène Martinez
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  • Vu : 172 fois



Le référendum du 4 novembre 2018 en Nouvelle-Calédonie




Par le colonel Edouard Terzian – Promotion « Général Leclerc » (1946-48)


Le Casoar d’octobre 1998 avait publié mon article intitulé "L’accord de Nouméa sur la Nouvelle-Calédonie", dans la rubrique Témoignages [1]. Cet accord prévoyait un référendum dans les vingt ans sur l’avenir du pays. Cette consultation électorale d’importance capitale a eu lieu le 4 novembre 2018 sur le Territoire. Le résultat du choix proposé semble très clair. « Avec 56,3% des voix, les Calédoniens ont rejeté majoritairement l’indépendance. Ils ont affirmé leur volonté de rester dans l’ensemble français à la place originale que leur octroie la Constitution de la République française… » [2].


Au total, environ 175 000 citoyens étaient inscrits, et à cet égard, il est indispensable de rappeler que près de 35 000 électeurs non kanaks avaient été radiés, à la demande des indépendantistes, en application des prescriptions de l’accord exigeant vingt années de domicile en Nouvelle-Calédonie à la date du référendum. Une décision tout à fait exceptionnelle approuvée par la Constitution de la République, à l’encontre du grand principe d’égalité. 




En raison d’une participation électorale exceptionnelle (plus de 80% des inscrits), les personnalités politiques des deux bords, ainsi que la presse, la radio, la télévision ont unanimement déclaré qu’il s’agit d’une "victoire de la démocratie". Mais après une analyse des résultats dans les trois provinces, une partition électorale géographique apparaît très clairement. Dans la province Nord et aux Îles Loyautés, dans lesquelles le Kanak est démographiquement très majoritaire, les électeurs ont voté massivement en faveur de l’indépendance (respectivement près de 76% et plus de 82% de oui), tandis que dans la province Sud (celle de Nouméa), le Kanak étant très minoritaire, le résultat inversé est contre l’indépendance (plus de 80% de non). Il est incontestablement reconnu que ce référendum a présenté un caractère ethnique : dans l’ensemble, le Kanak a voté pour l’indépendance dans un choix strictement conditionné et contrôlé par la hiérarchie politique, depuis le chef de tribu, le petit chef et le grand chef coutumier, selon une règle pas très conforme au concept démocratique tel que nous le concevons dans les pays occidentaux. 




Pour bien comprendre l’effet passionnel, magique, fédérateur du mot indépendance dans le milieu tribal, il est bon de se référer à la pensée de Luc Steinmetz, historien : « La quête d’indépendance, chez beaucoup de Kanaks, c’est mythique ». 

L’article publié dans Le Casoar, il y a vingt ans, présentait un certain aspect prémonitoire. Il me paraît utile d’exprimer quelques remarques et réflexions à partir des principaux thèmes de ce texte, en donnant un point de vue sans doute partagé par un grand nombre de Calédoniens. .


Ce témoignage de l’époque, après la parution de l’accord de Nouméa, fait le constat des faits relativement alarmants qui pouvaient gravement influencer le résultat du référendum prévu vers 2018 : 

  • "Le sentiment d’imprécision" [3] du texte de l’accord qui permet aux indépendantistes de l’interpréter à leur façon. Dans ce contexte de désorientation politique pour les partis loyalistes, "on est en mesure de penser que les petits partis politiques vont disparaître ou se regrouper". Ce fut le contraire pendant vingt ans… du côté anti-indépendantiste. 
  •  "L’autorité de l’État qui s’était dégradée au fil des ans, surtout à travers l’image donnée par certains représentants civils dont la plupart ont été plus préoccupés par le service de leur carrière ou d’une idéologie que par celui de l’État"
  • "L’ambiguïté" de l’État qui ne donne pas sa position claire sur "la souveraineté complète "
  • "La jeunesse restée au bord du chemin"([7]

Malheureusement, malgré le considérable effort financier consacré à divers secteurs et le travail de formation de cadres, toutes ces défaillances combinées ont abouti à la progression de la délinquance des jeunes[8] échappant à tous les contrôles, lourdement touchés par le chômage (près de 50%), ainsi qu’à un contexte général d’insécurité grandissante visant les personnes, les biens particuliers, les commerces, les écoles [9], les grandes sociétés comme la SLN.


Mais l’article du Casoar datant de 1998 avait principalement souligné "la nécessité de l’évolution des mentalités sur une longue période qui aura un effet majeur sur la finalité 

Il s’agissait en fait de répondre à l’effet "mythique" du mot indépendance évoqué plus haut, sur le monde kanak, par une information intense et répétée de l’État, des responsables locaux, par la presse, la radio, la télévision, les conférences, pour mettre en évidence le bilan catastrophique des indépendances depuis plus d’un demi-siècle, en Afrique, en Asie, dans le Pacifique, et les lourdes conséquences humaines qui en résultent. Dans ce domaine également, l’État a failli à son devoir sur le plan psychologique pour parvenir à la "conquête des cœurs"


L’article datant de 1998 se termine par le "pari sur l’intelligence… la capacité visionnaire de la nouvelle classe politique, en Nouvelle-Calédonie et à Paris, qui décidera de l’enjeu"

Notre classe politique depuis deux décennies a très rarement été à la hauteur de l’enjeu stratégique qui devrait contribuer à la grandeur d’une France, désormais seule puissance nucléaire dans l’Union Européenne des vingt-sept pays, tout en étant aussi membre permanent du Conseil de Sécurité de l’ONU et deuxième puissance maritime par la surface de sa ZEE dans le monde, grâce à la Nouvelle-Calédonie et à tout l’outre-mer français. Une position qui met le territoire en mesure d’assurer le bien-être de la majeure partie de la population calédonienne, sans distinction d’origine ethnique, à condition évidemment d’assurer une gestion efficace du territoire suivant les règles d’un monde moderne. Ces faits ont été très rarement évoqués par nos responsables locaux (y compris les indépendantistes, évidemment) comme s’il s’agissait d’un thème tabou n’ayant aucun rapport avec le monde coutumier.

C’est un défi d’autant plus capital que l’on perçoit déjà les grandes lignes de la confrontation majeure du XXIe siècle dans le Pacifique entre les États-Unis et la Chine, dans les petits pays pour commencer, dans le cadre de l’expansion maritime et économique de l’Empire du Milieu ([13]). Pour Paris, il s’agit de l’enjeu du projet "Indo-Pacifique" formulé récemment par le chef d’État.



La lecture de l’article du Casoar, en se plaçant dans le contexte de l’époque, permettait de penser que le choix en faveur de la présence française avait des chances de l’emporter à ce premier référendum, malgré les multiples défaillances imputables à la gouvernance de Paris et à celle de nos responsables locaux. Sans ces défaillances majeures, le résultat aurait pu être plus marquant, encore plus favorable à la France. 

Deux autres référendums de sortie, sont prévus vers 2020 et 2022, si le tiers des membres du Congrès du territoire le demande, ce qui semble très facile à obtenir dans le contexte actuel, à moins que Paris intervienne selon la forme bien connue : "Oui… mais, en même temps… ". Ce qui pourrait ouvrir la porte, à terme, à l’une ou à l’autre des deux alternatives sans référendum. Avec un risque pour le projet Indo-Pacifique sur lequel le monde indépendantiste ne se sent pas concerné. 


Dans le cas de ces deux prochains référendums, "malgré l'augmentation de la démographie mélanésienne" et l’amplification des signes alarmants depuis vingt ans, la réponse en faveur de la présence française motivée à la fois par les raisons géo-stratégiques et la recherche du bien-être des populations locales (les deux motifs étant interdépendants) a encore des chances de l’emporter, si les conditions sinequanon  sont remplies dans des délais relativement courts: 


  • l’unité absolue des partis loyalistes dans un seul front ;
  • le succès de cette formation dans les prochaines élections provinciales, pour avoir la majorité ;
  • la conquête du maximum des voix "abstentionnistes" (dont on connaît la liste nominative dans chaque circonscription) par une action comparable à celle des responsables indépendantistes, pour convaincre les hésitants et conduire  aux bureaux de vote ceux qui n’ont pas les moyens de se déplacer ;
  • la réduction au moins partielle du chômage des jeunes kanaks ;
  • le renforcement de la DGSI et l’affectation d’une unité tournante des Forces spéciales ; 
  • l’application stricte des lois républicaines sans la moindre tolérance. Au besoin, par l’emploi des forces de 3e catégorie sur décision de Paris dans certains cas, s’il s’avère que les forces de sécurité locales même renforcées ne sont pas en mesure de remplir leur mission [15].
  • la mise en place de tous les moyens, pour que les règles démocratiques soient respectées à l’occasion de ces consultations, comme lors du premier référendum.


Il s’agit d’un défi démocratique d’importance cruciale, notamment dans le Pacifique, dans le contexte évoqué et des risques qui en découlent.





[1] Pages 37-43, suivies d’une annexe : "Les grandes lignes de l’accord de Nouméa" (p.43-44). Il est à noter que cet article faisait suite à mes quatre autres témoignages dans Le Casoar (juil.1988, oct.1988, oct.1993, juil.1996). 

[2] Le journal "Les Nouvelles Calédoniennes" du 07.11.18, rubrique « Le billet amer de Pierre Maresca ». 

[3] p. 38, voir également renvoi 6 avec mon avis sur le préambule de l’Accord très "idéologique".


[5] p. 39, voir également renvoi 7 sur la qualité des Hauts-commissaires qui se sont succédés. 


[8] C’est le cas notamment des jeunes de la tribu de Saint Louis (dont la route menant à Nouméa est périodiquement coupée), tribu dont le grand chef coutumier par ailleurs responsable politique déclarait récemment, avant de s’excuser : "c’est pour exprimer leur colère". Le cas également à Kouaoua où les matériels et équipements de la Société Le Nickel (SLN) sont à de nombreuses reprises saccagés.

[9]"L’École, un sanctuaire en danger ?", interview de Jean-Charles Ringard-Flament, vice recteur, paru dans Les Nouvelles du 27.11.18: 4 cas d’incendie ou de vandalisme, un essai d’intrusion, dans une courte période.




[13] p. 37, renvoi 3 et p. 38. Un Empire qui a tout intérêt à étendre ses relations commerciales avec la SMSP, usine de production de nickel de la Province Nord – dont le président fondateur a été A.Van Nha Dang "homme d'affaire pro-indépendantiste".


[15] À titre d’exemple concernant la Gendarmerie, c’est le cas notamment de la tribu de Saint Louis (depuis 2017) et celui de Kouaoua (depuis le début de 2018), en l’absence d’une volonté de l’État clairement exprimée...jusqu’à présent.

Auteur :
Ségolène Martinez

Membre associé

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