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Tradition ...ou mauvaise habitude? Le Casoar

Casoar

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17/10/2019

LE CASOAR


TRIBUNE

Tradition… ou mauvaise habitude ?

Par le contrôleur général des armées Gérard Delbauffe – Promotion « Centenaire de Camerone », (1962-64)


La lecture du numéro d’avril du Casoar m’incite à reprendre une question, qu’alors chef du SIRPA (aujourd’hui DICoD), j’avais posée, à titre personnel et informel, au CEMAT et à son cabinet.


Depuis longtemps intrigué par cette constatation, j’avais eu l’occasion de demander pourquoi on qualifiait de « général » un général de brigade, contrairement aux généraux de division, de corps d’armée ou d’armée.

Il m’avait été répondu : « C’est la tradition ».

Les précisions fournies dans l’excellent éditorial de notre président, en particulier sur les « petites traditions », me confortent dans la conviction que cette pratique ne relève pas de ce domaine, mais constitue simplement une « mauvaise habitude ».


« Général » n’est pas un grade. Ce terme désigne, par raccourci « d’officier général », une catégorie d’officiers qui comporte plusieurs grades, dont les appellations diffèrent selon les corps : général de division, général de brigade aérienne, ingénieur général de 1re classe, commissaire général, etc.

Le corps des officiers des armes de l’armée de Terre, comme celui des officiers de gendarmerie, comporte deux grades et deux « rang et appellation » d’officiers généraux. Quand on cite un officier général par son grade, il n’y a aucune raison d’amputer celui-ci, surtout pour un seul d’entre eux…

Lorsqu’on évoque plusieurs généraux : le général X, le général Y, le général Z, sans précision, on cite des officiers appartenant à une même catégorie. Rien là que de très normal. En revanche, si l’on précise : le général de division X, le général de corps d’armée Y, le général Z, on méconnaît les règles statutaires relatives aux grades.


J’ai même relevé cet été, dans un dossier publié par une association d’officiers généraux, la qualification de « général » pour deux auteurs d’articles – au demeurant fort intéressants – alors que les autres étaient identifiés par le sigle abrégé de leur grade : GDI, GCA, GA… Il existe pourtant GBR !

La formule d’appel « mon général » s’applique à tous les officiers généraux du corps des officiers des armes de l’armée de Terre ou des officiers de gendarmerie. Elle s’applique aussi parfois, par extension commode, à ceux d’autres corps dont l’appellation « contrôlée » serait : M. l’ingénieur général, M. le commissaire général… Dans aucun de ces corps, cependant, les grades complets ne sont omis. De même, « mon colonel » s’applique aux colonels et aux lieutenants-colonels. On ne cite cependant jamais un lieutenant-colonel autrement que par son grade complet.


J’avais, au SIRPA, mis fin à cette pratique dans les publications relevant de mon autorité (Armées d’aujourd’hui, etc…) mais n’étais pas intervenu ailleurs. La prise de conscience de la nature de la question, révélée par cet éditorial du Casoar, me conduit à regretter de ne l’avoir pas fait !

Plus gênant, cette pratique existe également dans des textes officiels.

J’avais autrefois remarqué, alors qu’existait une Inspection de la Défense Opérationnelle du Territoire, que l’un des titulaires de cette fonction écrivait, dans sa correspondance officielle : le général X, inspecteur de la DOT, à M. le … Lorsqu’il a été promu, il écrivait : le général de division X, inspecteur de la DOT, à M. le… Curieusement, cela ne semble avoir ému personne !

Aujourd’hui encore, dans les textes publiés au Journal Officiel, on trouve ce type de confusion, notamment dans les décisions portant délégation de signature.


A titre d’exemple : 

Délégation est donnée, à l’effet de signer au nom de la ministre des Armées (au nom du ministre de l’Intérieur) … à

M. le général de division X

M. le général Y

M. le général Z

M. le colonel X

M. le lieutenant-colonel Y


Je ne peux qu’inviter les signataires de ces textes à la vigilance : en cas de recours, ceux-ci seraient annulés par la juridiction administrative.

Ni la République, ni nos armées ne sont en danger ! Mais, comme chacun sait, le diable est dans les détails et un peu de rigueur dans ceux-ci ne nuirait pas…

Puissent nos « brigadiers » recouvrer, y compris dans notre revue, la plénitude de leur grade !


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