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Complément au courrier des lecteurs du Casoar 224 de janvier 2017

Casoar

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26/01/2017

 

 
Comme annoncé dans le courrier des lecteurs du n° 224 du Casoar de janvier 2017, vous trouverez la réaction intégrale de François Jacquot et d'Henry Dutailly relatives au dossier "Commander"et à l'article "Réflexions sur la laïcité" du mois d'octobre 2016.

RETOUR SUR LE DOSSIER  "Commander"

 François Jacquot (LCL Amilakvari - Franchet d’Espèrey, 55-56) 

 « Les articles relatifs à l’exercice de l’autorité publiés dans le dernier numéro du Casoar semblent ignorer un aspect capital. Si commander c’est donner un ordre, encore faut-il qu’il soit exécutable par celui qui le reçoit.
J’en veux pour exemple la situation dans laquelle s’est trouvé un jeune sous-lieutenant de quelques mois de grade arrivé depuis trois semaines en Algérie et désigné pour assurer le commandement d’un poste isolé dans le Nementchas. A cette époque, le commandement décida, par souci d’intégration de procéder à l’amalgame des appelés algériens avec leurs camarades métropolitains dans l’ensemble des unités. C’est ainsi que je reçus une quinzaine de ces garçons qui représentaient le quart de mes effectifs.
Une note du général commandant le corps d’armée précisait les modalités de cette opération en insistant sur les règles de sécurité à mettre en œuvre pour éviter tout « incident » grave :
  • ne pas leur confier d’armes automatiques ;
  • de garde, les « doubler » par un métropolitain ;
  • en opérations, ne pas les laisser sans surveillance ;
  • à la fin de chaque journée, enchaîner les armes dans un local sécurisé contrôlé par deux hommes.
Notre jeune officier était bien en peine d’exécuter de telles directives et prit quelques mesures simples mais applicables à la situation particulière dans laquelle il se trouvait … jusqu’au jour où il reçut la visite de son chef de corps qui lui posa la question : « Combien avez-vous reçu de jeunes Algériens ? Quelles dispositions avez-vous prises à la réception de la directive du corps d’armée ? »
Embarras de notre gaillard qui, soit mentait et énonçait des mesures virtuelles, soit reconnaissait qu’il avait minimisé les ordres. Il choisit la vérité et en donna les raisons sous le regard sévère de son chef :
- La politique du gouvernement affirme la volonté d’intégration des populations algériennes à grands renforts de slogans, mais les mesures ordonnées par le CA créent une discrimination incompatible avec cette politique.
- L’armement est affecté en fonction de l’emploi des hommes.
- Quant à la sécurité des armes, je dois pouvoir en disposer sans délai, surtout de nuit en cas d’attaque, eu égard à notre isolement.
- Toutefois, j’ai pris des mesures, notamment dans l’organisation du système de garde, afin de limiter les risques de trahison.
Il craignait le verdict, mais dans un large sourire son patron lui répondit : « C’est vous qui avez raison, mais restez prudent. »
Moralité :
- La directive du commandement, écrite au fond d’un bureau confortable, ne prenait pas en considération les situations locales.
- Le chef qui l’avait signée ne l’avait pas lue ou se couvrait mais mettait en grande difficulté les exécutants qui n’avaient d’autre choix qu’obéir bêtement ou désobéir en prenant des risques.
- Notre officier était sacrément culotté pour un bleu mais il avait probablement «jaugé» son chef.
Cet incident le suivit tout au long de sa carrière. En effet, combien de fois s’est-il posé la question : « mon ordre est-il exécutable ? ».
 
Réflexions sur la laïcité (Jean-Paul Roelly)
 Henry Dutailly (Ceux de Diên Biên Phu, 53-55)

 « Le débat sur la laïcité ne saurait se réduire aux questions juridiques. Lorsqu'on regarde autour de soi, on s'aperçoit que les états les plus athées comme l’ex-URSS, ont institué une pseudo-religion et qu'en cas de grande crise elle ne suffit pas pour mobiliser les énergies au service de la patrie. ».
 
Le juridisme dans lequel la tribune libre de Jean-Paul Roelly se cantonne témoigne du carcan dans lequel on enserre le débat actuel sur la laïcité. Il convient, pour le libérer, de lui donner la hauteur de vue nécessaire, de se référer aux deux faits majeurs, l’un politique, l’autre social.
 
Sous l’ancien régime, les rois de France étaient des souverains absolus au sens du mot : absolu. Ils n’étaient subordonnés à personne sur cette terre, pas plus à l’empereur qu’au pape. Cette indépendance, source de guerres avec l’empire et de conflits avec la papauté, se fondait sur le sacre qui faisait du roi de France le lieutenant de Dieu dans son royaume. En s’affranchissant de toutes les religions, la République se situe dans la dans la droite ligne de l’absolutisme royal : elle n’est soumise au contrôle d’aucune autorité. L’athéisme militant des parlementaires qui ont voté la loi de séparation masque très souvent cette continuité.
 
Si athées qu’ils soient, les créateurs de l’état laïc ne peuvent ignorer que l’être humain est un animal doué de raison et religieux. Cela les conduit à instaurer, par touches successives, une religion républicaine. Cette religion possède des dogmes : les droits de l’homme et les lois mémorielles. Comme le judaïsme, le christianisme et l’islam, elle a défini des règles sanitaires et sociales s’imposant à tous les fidèles (ici les citoyens). Elle vénère des martyrs, les morts pour la France, et des saints : les personnalités qu’elle honore de monuments ou d’obsèques nationales. Son rituel s’appelle cérémonial. L’hommage aux morts en représente, de loin, l’expression la plus courante. Dans cette religion, les monuments aux morts se substituent aux autels et la gerbe de fleurs aux sacrifices d’animaux. Quoiqu’elle s’en défende, cette religion sans autre clergé que des magistrats prie un Dieu. Il s’appelle la République.
 
Cette sacralisation de la loi, de ce qu’il est convenu d’appeler la mémoire et, implicitement, des magistrats change la nature de l’État républicain. Il cesse d’être laïc pour devenir religieux. Une telle situation le rend juge et partie car il doit arbitrer les conflits pouvant opposer sa religion républicaine aux religions existantes. Ce constat conduit à poser deux questions :
Peut-il exister un État sans religion ?
Un État peut-il légitimement instituer une religion pour s’affranchir du contrôle des religions existantes ?
 
Tant qu’il ne sera pas répondu à ces deux questions, le débat sur la laïcité s’enlisera dans des arguties juridiques stériles.

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