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Où va la France ?

Casoar

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24/01/2017



 
       
Où va la France ?

 
Par le général Roland Vincent – Promotion « Extrême-Orient » (1950-52)
  
De la destruction des tours jumelles de New-York à l’intervention française au Mali, en passant par les actions militaires en Afghanistan, en Irak, en Lybie, nous sommes arrivés à l’Etat Islamique autoproclamé,  appelé aussi Daesh, recrutant un nombre croissant de jeunes Français qui partent en Syrie. Pourquoi cette attirance pour une cause fratricide ? Et pourquoi un certain Maxime Hauchard, né dans un village normand, devient-il, en novembre 2014, égorgeur d’otages occidentaux ?

Depuis cette date, je cherche la réponse à ces questions. Tout ce que j’ai lu   montre que, de reddition en reddition, les forces vives de notre pays conduisent celui-ci à sa perte. Nos élites et  nos gouvernants, obnubilés par la mondialisation de l’économie et la culture consumériste qui l’accompagne, n’ont aucune vision d’avenir pour la France. Ils se contentent de parer au plus pressé sans  se soucier de répondre aux besoins de nos concitoyens, ni de leur transmettre notre histoire et les valeurs qui fondent notre culture. Ils ont aussi oublié que tout homme a besoin de se trouver une cause à défendre, même violente, même mortelle, pour donner un sens à sa vie.
Comment en sommes-nous arrivés là ? Comment pouvons-nous y remédier ?
 
 Pourquoi de nombreux djihadistes français dont Maxime Hauchard ?

La première raison me paraît être l’esprit munichois de nos élites qui, depuis des années, ferment les yeux sur la faillite de l’immigration, de l’intégration et finalement de la France. Des élites prisonnières de l’équation « un homme=une voix » qui les conduit à ne vouloir mécontenter personne et à éviter l’explosion à tout prix. Aussi, depuis les années 1980, sommes-nous dirigés par ceux qui s’emploient à gommer l’identité française dans l’espoir d’intégrer culturellement les populations issues de l’immigration. Devant l’échec de leur  politique, ils sont entrés dans le déni et la repentance, c’est-à-dire la culpabilisation  constante de la France. Et dans ce comportement suicidaire, ils sont rejoints par les Français de souche qui, habitués à vivre en paix depuis soixante-dix ans, préfèrent la politique de l’autruche pour conserver leur confort. Cette société, dont les citoyens ne se sentent plus français, ne peut que constituer un terreau favorable à l’éclosion de djihadistes.
 
Natacha Polony, dans son dernier livre Nous sommes la France[1], confirme cette analyse en répondant au maire de la localité où résidait Maxime Hauchard,  « croire que cela aurait pu arriver dans n’importe quelle famille de France, c’est ne pas comprendre qu’on peut être déraciné aussi sûrement et complètement dans un village de l’Eure que dans une cité de la Seine-Saint-Denis ».
Si des jeunes, nés de parents et d’arrière-grands-parents français, peuvent être ainsi déracinés, c’est parce qu’ils sont totalement incultes et n’ont plus aucun lien avec la culture qui a porté les générations précédentes. Ceci ne saurait surprendre dans la société déboussolée décrite ci-dessus, où la famille à l’agonie, sans autorité sur sa progéniture, et l’école ne transmettent plus rien aux enfants depuis longtemps.
L’école de la République, dont Jules Ferry avait fait le creuset fondateur de l’unité française, est malheureusement en voie de destruction depuis des années comme
l’affirme Laurent Lafforgue, un de nos scientifiques les plus brillants, médaille Fields en 2002[2].
En 2005, il écrivait en effet : « depuis un an et demi que j’ai commencé à m’intéresser sérieusement à l’état de l’éducation dans notre pays… je suis arrivé à la conclusion que le système public est en voie de destruction totale ». (2) Natacha Polony confirme : «… la destruction de l’école, mise en œuvre avec opiniâtreté depuis maintenant trente ans… »[3].
Dans ces conditions, que reste-il à une jeunesse vivant, écrit-elle, « dans des villages qui ont perdu cet ancrage dans le temps et dans l’espace que confère l’organisation de la vie rurale…dans lesquels les enfants vivent la même vie faite de télévision, de jeux vidéo et de sorties au McDo…L’élevage hors-sol, nous l’avons étendu à notre jeunesse. Nous avons inventé des non-lieux plantés de non-sens »[4].
 
Bref, ces jeunes ne connaissent  rien de l’histoire de leur région et de leur pays. Même lorsqu’ils ont un niveau de formation élevé et un travail correspondant, ils se sentent perdus dans un quotidien sans héroïsme, sans idéal, sans foi.  L’un d’eux dit : « nous ne sommes pas des personnes, nous sommes des consommateurs ». Pour combler le vide de leur existence, ils se tournent naturellement vers ceux qui leur proposent d’aller sauver les victimes de Bachar el-Assad, désigné comme bourreau de son peuple par le gouvernement français. Ils partent donc en Syrie et reviennent plus tard sur notre territoire pour y commettre des attentats.
 
 
Des attentats du 7 janvier aux massacres du 13 novembre 2015 : le déni !
 
Le 7 janvier 2015, la France est frappée par l’attentat contre « Charlie Hebdo » et le 9 janvier, par l’attaque contre L’Hyper Casher de Vincennes.
Après la stupeur et l’incompréhension, c’est la mobilisation de millions de Français qui défilent derrière le slogan « Je suis Charlie », dont le monde entier s’est fait l’écho. De cette manifestation grandiose, orchestrée par le Président de la République et son gouvernement, on pouvait espérer un sursaut salutaire du peuple français. En fait, ce ne fut qu’un feu de paille sans suite bénéfique pour le pays qui est immédiatement entré dans le déni.
Dès le 12 janvier 2015, dans un article intitulé « Nous avons payé mercredi », le journal Libération publie un texte de Laurent Chalumeau disant « …peut-être la boucherie du 7 janvier est-elle ce crime abject qui tombe notre masque d’innocence…les coupables sont tarés à l’évidence…mais si ces sociopathes posaient malgré eux une bonne question, c’est sur nous qu’on a tiré…nous qui depuis des années, faisons tout pour pousser les français-arabes à la faute ». La France est coupable, c’est une évidence que s’emploient à démontrer depuis le 7 janvier 2015, tous ceux qui pratiquent l’inversion fascinante permettant de transformer les coupables en victimes, au choix, de la discrimination, du colonialisme, de la France en général. Cela ne peut que susciter le rejet et alimenter un communautarisme conduisant à la désintégration de la nation.
 
 
L’effondrement ? Le sursaut ? L’attentisme ?
 
Après le drame épouvantable du 13 novembre 2015, j’ai d’abord pensé que les Français allaient choisir entre deux extrêmes :
L’effondrement, avec la tentation de comportements de fuite, de compromission ou de collaboration avec l’ennemi ;
Le sursaut, avec la volonté de se battre contre le terrorisme en s’appuyant sur les institutions et les forces de la République.
La France présentée coupable, et notre société narcissique refusant la mort, j’ai cru que nos concitoyens, voulant préserver leur vie à tout prix, allaient préférer la première solution.  En fait, ils semblent s’être réfugiés dans l’attentisme, espérant que la République, dont les forces de police ont très bien réagi le 13 novembre, serait capable de les protéger dans l’avenir contre la menace terroriste.
Pour répondre à cette attente, notre gouvernement devait: d’une part, mettre en place les dispositifs de sécurité propres à rassurer nos concitoyens ; d’autre part, renforcer son armée et ses forces de police pour combattre plus efficacement Daesh.
Rassurer les Français implique d’abord la prolongation de l’état d’urgence et le maintien des mesures de protection des lieux et établissements vraiment sensibles.
Ensuite, il faut mettre en évidence les insuffisances des terroristes du 13 novembre. Ceux-ci ont en effet échoué dans leur attaque du Stade de France confiée à des kamikazes, probablement drogués, qui après avoir mal préparé leur action, ont été incapables de s’adapter aux circonstances. Quant aux tueurs responsables des massacres de la place de la République et du Bataclan, ils ont été éliminés, ou obligés de s’enfuir avant d’avoir pu exécuter la phase la plus meurtrière de leur opération. Il importe aussi de faire acquérir par le maximum de français les gestes qui sauvent, pour soi-même et pour autrui, dans des cas semblables.
Mais, par-dessus tout, il est urgent de renforcer  les moyens en hommes et en équipement de notre armée de Terre et de nos forces de gendarmerie et de  police pour  frapper Daesh plus durement à l’extérieur afin de réduire sa capacité à former et exporter des terroristes, prévenir ou contrer plus efficacement des attaques sur notre territoire.
Ces actions amélioreront le moral des Français, mais pour que ceux-ci ne soient plus attirés par Daesh, reprennent confiance dans leur pays et aient envie de le défendre, il est urgent de lancer une vaste entreprise de refondation de notre Patrie.
 
 
Refonder la France et la faire aimer par les français
 
La première action à entreprendre est la restauration d’une école de la République capable d’apprendre les savoirs de base (lire, écrire, compter) à tous les enfants et de leur transmettre les fondements de notre culture et notre histoire. Ce qui passe par la mise en place d’un ministre de l’Éducation nationale connaissant bien la France et son histoire, et ayant l’autorité nécessaire pour imposer les réformes indispensables. Cet homme, ou cette femme, devrait faire l’unanimité, comme le ferait certainement monsieur Max Gallo (mais sans doute trop âgé).
Ensuite, il faut en finir avec le déni, la culpabilisation, la repentance. Le blanc de notre drapeau n’est certes pas immaculé, mais au lieu de nous appesantir sur nos noirceurs, affichons plutôt notre fierté d’être riches d’un héritage multiséculaire grâce auquel nous avons :
- un territoire bordé de mers et de montagnes constituant des frontières naturelles, protégeant un pays au climat tempéré, avec une grande diversité de paysages et de ressources ;
- une France reconnue comme le pays des droits de l’homme, membre permanent du Conseil de Sécurité de L’ONU, admirée parce qu’elle est au premier rang pour certains travaux de recherche et inonde une partie du monde de son rayonnement artistique, culturel, commercial, depuis neuf siècles sans discontinuer ;
- une France dotée d’une puissance militaire significative grâce à : sa capacité dissuasive résultant de la possession de l’arme nucléaire et des sous-marins lance-missiles permettant de la délivrer à tout moment ; à la capacité d’intervention de forces terrestres très performantes, mais  avec des effectifs et des équipements très insuffisants, en raison des réductions budgétaires importantes pratiquées depuis de nombreuses années.
Enfin, comme le dit Natacha Polony, rappelons que  « la devise française ne se comprend que comme la traduction en trois mots des œuvres de Montesquieu, Voltaire,  Diderot, qui se sont enrichies plus tard des écrits de Victor Hugo et de Zola. La France est une nation éminemment littéraire… C’est pourquoi le legs de souvenir dont parle Renan est, chez nous, constitué de livres»[5].
Tant que notre école a été au cœur du dispositif républicain, pour faire ce travail de constitution d’une mémoire de valeurs partagées, nous avons eu une France unie où tous les citoyens, quelle que soit leur origine, se reconnaissaient dans une culture commune.
Mais la France actuelle est  celle de l’éducation « hors-sol » des enfants, et celle des grands centres commerciaux implantés en pleine campagne, qui dévitalisent villes et villages. Ces grandes surfaces bétonnent et défigurent notre pays, créent du chômage et du travail précaire. Elles font disparaître la France aux yeux des Français car, comme l’explique Natacha Polony : «…Pour le consommateur-producteur, il n’y a plus d’identité physique de la France parce qu’il n’y a plus de saisons …il n’y a plus que des pulsions d’achat »[6].
Changer ces comportements impliquerait de revenir à un mode de consommation de proximité à l’image de ce qui existe en Italie où, dit Natacha Polony  « on fait encore la cuisine et il ne viendrait à personne l’idée d’exiger des tomates toute l’année »[7].
Serait-il possible de faire la même chose en France ? J’en doutais, mais je commence à le croire en constatant que, depuis le drame du 13 novembre, certains
politiciens, venant d’horizons différents, semblent comprendre que notre pays va très mal et qu’il est urgent de prendre en compte les problèmes des Français.
Je reprends donc espoir, et pense qu’il nous faut cesser de baisser la tête, et réagir pour réveiller nos concitoyens et nos élus, afin qu’ils soutiennent les hommes politiques qui veulent sauver notre pays.
 
 
Je conclurai donc en souhaitant ardemment un sursaut salutaire et rapide de notre peuple et de ses dirigeants.
Pour le susciter et l’accompagner, chacun de nous doit s’efforcer de diffuser l’idée que tout n’est pas perdu, qu’il n’est pas trop tard pour relever une France au bord du gouffre. Ce message est à transmettre plus particulièrement à nos représentants élus, auxquels incombera alors le rôle  de faire comprendre à nos gouvernants, la nécessité  d’entreprendre et conduire les réformes indispensables pour redresser notre pays.
Encore faut-il pour cela, comprendre que l’homme n’est pas seulement un consommateur, mais aussi et surtout le produit d’une histoire et d’une culture qu’il lui faut redécouvrir pour donner un sens à son existence.
Retrouvant alors une raison d’espérer, nos concitoyens pourraient reprendre confiance en eux et chercher ce qu’ils peuvent faire pour leur pays, au lieu de tout attendre de lui.
Ayant appris à aimer la France, les Français pourraient de nouveau « s’enraciner » comme l’écrivait la grande Simone Weil lorsqu’elle était auprès du général de Gaulle à Londres[8] : celle qui, pendant l’hiver 1931-1932, donnait son salaire de professeur agrégé aux ouvriers en grève du Puy, pour vivre comme eux, celle qui, en août 1936, s’engageait dans la colonne Durutti pour se battre en Espagne, contre les troupes du général Franco.
 
 

[1]Natacha Polony. Nous sommes la France, PLON, 2015
[2] Cf. Google : Laurent Lafforgue. Ligne démission Laurent Lafforgue-IHES, un courriel qui aurait dû rester confidentiel.
[3] POLONY Natacha. Nous sommes la France. Editeur PLON 2015.
[4] Ibid.
[5] (5) POLONY Natacha. Nous sommes la France. Editeur PLON 2015.
[6] Ibid
[7] Ibid
[8] « Enracinement, prélude à une déclaration des devoirs envers l’être humain » écrit en 1943. Editeur Gallimard. Coll. « Espoir » 1949.

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